Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Matthew PorterfieldSynopsis :
Putty Hill. Dans ce quartier de Baltimore, la vie suit son cours entre un quotidien désenchanté et un avenir incertain, loin d’un certain Rêve Américain. Mais la mort subite d’un adolescent va révéler les liens profonds qui unissent famille et amis. Même si les sentiments restent difficiles à exprimer, même si les blessures du passé restent ouvertes, ce petit monde trouve tant bien que mal du réconfort dans des plaisirs et des relations simples.An off-screen voice questions a group of teenagers, their words helping to paint the portrait of one of their friends, who recently died of an overdose. With an incredibly delicate approach, their stories weave together to create an image of a contemporary American Community.
Putty Hill est un film dont le principal mérite est de démentir l’impression de déjà vu de son sujet. De quoi s’agit-il ? D’une réunion de famille qui se prépare à enterrer l’un des siens. D’une évocation de la middle class américaine. Mais Putty Hill ne se réduit pas à cela. Sa puissance d’évocation, sa poignante mélancolie (qui rappelle les nouvelles de Raymond Carver), l’originalité sidérante de certaines scènes (l’enterrement karaoké), la rigueur de son cadrage (qui rappelle les photos de Larry Clark et de Stephen Shore), son rythme sans complaisance, son absence de pathos, de misérabilisme, son élégance presque tchekhovienne, concourent à envoûter durablement son spectateur. Si le sujet semble renvoyer au cinéma de Gus Van Sant, son esthétique, elle, appartient pleinement à son auteur. La réussite de Putty Hill tient aussi à son refus de tout exotisme. On pourrait, en effet, se sentir loin de ces américains moyens aux moeurs rustres, caricaturales, mille fois ressassées. Pourtant il n’en est rien. Au-delà de nos différences culturelles, le spectateur européen finit par éprouver de l’empathie pour ces personnages. La force de Putty Hill, plus que de traiter son sujet, plus que de montrer la difficulté d’entamer un travail de deuil, est de suggérer, de donner à voir le territoire du non-dit.François Zabaleta, cinéaste
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