Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Morteza FarshbafC’est la nuit. Arshia, 10 ans, entend une violente querelle qui oppose ses parents suivie de leur départ précipité. Dès le lendemain, son oncle et sa tante, tous deux sourds muets, décident de prendre la route avec lui, pour rechercher ses parents soudainement disparus. Tandis qu’ils traversent le pays, des montagnes iraniennes à Téhéran, ce voyage donnera l’occasion au couple de revenir sur toutes ces années de vie commune, et de régler quelques comptes, sous le regard du jeune garçon...
Comment dire l’indicible ? Comment l’entendre ? Qui est sourd aux choses ? Qui devient muet de peur au bord de ce qu’il croit deviner ? À travers l’épreuve que traverse cette famille, Morteza Farshbaf nous propose de faire un voyage au coeur de ce qui ne se dit jamais et qui va, en l’occurrence, être hurlé en silence.
Car ce qu’il se passe dans cette voiture, entre le monde d’ « avant » et celui qui s’annonce, le réalisateur a décidé de nous le faire ressentir plutôt que de nous l’expliquer. Il le fait dès le premier plan du film qui nous plonge dans les perceptions de l’enfant tapi dans son lit - l’enfant entend la scène mais ne la voit pas -, puis il continue à le faire en déroulant sa narration le long d’un fil sensoriel - et ce faisant, il nous déplace. Car une fois ce pas de côté effectué, nous sommes à l’affût de ce que nous n’aurions peut-être pas entendu, « avant ».
Tel Cristian Mungiu dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours, il tend son fil, le resserre jusqu’à étouffement. Quelque chose est tapi dans l’ombre, on le devine, on le ressent et on se demande d’où cela va surgir...
Notre regard évolue alors que le point de vue change : ce que nous croyons être n’est plus, ou n’est pas, et ce que le film creuse fini par se révéler de façon puissante et radicale.
Vanina VIGNAL, cinéaste
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