Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Sophie Bredier et Myriam AzizaVingt-cinq ans après son adoption, Sophie retourne pour la première fois en Corée du Sud. Sur les lieux de la séparation d’avec un père, une sœur et un pays. Mais cette histoire privée la renvoie à l’histoire collective d’un peuple divisé par une ligne de démarcation depuis 1953. Dans ce pays dont elle ne parle plus la langue, Sophie tente de comprendre à travers diverses rencontres le sentiment de séparation. Elle est aussi amenée à s’interroger sur l’abandon, cet autre versant de la séparation, et à saisir la rupture aussi du côté de ceux qui la provoquent. C’est ainsi qu’elle prend toute la mesure d’une terrible réalité sociale, et du fossé culturel qui la sépare des Coréens. Cette traversée dans le temps - le présent du voyage et la mémoire de son enfance - l’amène à quitter les lieux habitée de sensations nouvelles.
Séparées de ses parents, d’une famille, de son histoire, de son pays, déchirée, abandonnée puis adoptée… Là est la violence première à l’origine du film, violence contre laquelle Sophie Bredier devant la caméra, Myriam Aziza derrière, vont se battre sans concession.
Il y a dans ce film une urgence absolue à filmer, à accomplir un travail de mémoire, à faire le deuil de cette blessure première de la petite fille, à retourner à ce point exact où le fil a été coupé : dans ce quartier déshérité de Séoul, au sortir de la guerre de Corée, où Sophie a été abandonnée par son père puis adoptée par une famille française.
Un film limite, sur le fil du rasoir, où constamment le cinéma travaille dans cette lutte titanesque contre l’oubli… Et le cinéma surgit au détour d’un rien, du souvenir de l’ombre d’une religieuse, du goût si précis d’une petite fleur rouge que Sophie suçote dans le jardin de l’orphelinat de sa petite enfance.
Une quête passionnée, sans concession, contre l’inhumanité de l’homme où l’abandon et l’adoption seraient, en quelque sorte, devenus normalité. Un film d’une sincérité et d’une rectitude absolue où les deux cinéastes se refusent à utiliser les enfants comme instruments de leur quête (nous ne verrons jamais ceux de l’orphelinat) et où l’une des réalisatrices, par souci d’intégrité, se met dans l’image, à égalité avec ces hommes et femmes dont elle cherche à débusquer la violence. La mise en danger est alors totale… fascinante !
Jusqu’à cette image du sourire de Sophie envers la dernière femme rencontrée, la seule à pleurer l’abandon de son enfant. Dans ce regard entre les deux femmes passe une lueur de réconciliation…
Que dire de plus : c’est magnifique !
Jean-Pierre THORN, cinéaste
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Arte France / Ina