Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Charles de MeauxShimkent Hotel. Dans une petite chambre fanée de cet hôtel d’Asie Centrale, Alex lutte pour retrouver la mémoire avec l’aide d’un neuropsychologue. La steppe infinie ou le gigantisme des paysages industriels, c’est l’aventure en Asie Centrale de trois jeunes ambitieux qui se dessine sous les yeux effrayés du consul chargé de l’affaire.
Ils ont acheté une partie d’une des plus grosses usines d’aluminium de l’ex-URSS, il faut être bien naïf pour croire qu’on peut fabriquer des portes-fenêtres dans une ancienne usine soviétique. Les problèmes s’accumulent et l’aventure tourne au cauchemar, jusqu’au choc traumatique qui a rendu Alex amnésique.
Il y a des films qui donnent dès leur premier plan la réalité de ce qu’ils seront. Et paradoxalement, Shimkent Hôtel se donne tout aussi bien par le dernier. Invention dans les moyens, intelligence dans la mise en scène, direction d’acteurs tenue, ce grand mouvement ascensionnel, cette grande roue qui se transforme en grue de superproduction hollywoodienne, tout cela nous émeut et termine complètement notre voyage en Asie Centrale. Car voilà que fusionnent tous les éléments du film : un road-movie policier d’aventures, un film de genre travesti, un film d’art ouvertement cinématographique. Il y a beaucoup de films dans Shimkent Hôtel, plusieurs films qui parviennent à n’en faire qu’un, et cela est assez admirable pour être souligné. Décrire chacun d’entre eux n’aurait pas grande importance, car le film a son entière unité. La certitude qu’il vous faut avoir, c’est qu’au fil d’une enquête policière dans des contrées lointaines dont on nous parle peu, vestiges immenses d’un empire soviétique dont soudainement il nous est possible de prendre conscience, vous suivrez Romain Duris, Caroline Ducey et Melvil Poupaud dans une construction narrative méticuleuse qui vous fera croiser Thibaut de Montalembert et Yann Colette, dans des couloirs d’hôtel godardiens, avec David Lynch pour les voitures, Rossellini pour le projet et le meilleur du cinéma expérimental comme lumière. Et soyez en sûr, je déteste les références, tout autant je pense que Charles de Meaux qui dans son film est loin de toute pose ou citation, mais il me fallait essayer de vous donner à voir l’intelligence cinématographique de Shimkent Hôtel. Une force pareille ne se trouve que rarement. Un martien qui vous tend si gentiment la main, par les temps qui courent, il est plutôt réconfortant de la lui serrer.
Arnaud DOMMERC, cinéaste
Bodega Films
8 Bvd Monmartre
75009 Paris
Tél : 01 42 24 06 49
Email : sophie bodegafilms.com
Anna Sanders, Donaldson Polakoff Productions