Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Idrissou Mora KpaiL’auteur, Idrissou MORA-KPAI est né il y a 33 ans au nord du Bénin dans la tribu des Wassangaris. Jadis de grands et farouches guerriers aux traditions très rigides, les Wassangaris ont réussi à maintenirau sein de leur clan dans la société Béninoise actuelle un patriarcat d’une autre époque. Après dix ans d’absence, l’auteur retourne dans son village. Il est bouleversé par la disparition de son père et par les conditions de vie de ses soeurs et de ses nièces. Il est tout aussi surpris par la place qu’occupe sa mère aujourd’hui. Dans son enfance, elle n’était qu’une des femmes de son père, une ombre dans la maison... Aujourd’hui elle porte le nom de Si-Gueriki (La Reine-Mère), l’équivalent du roi pour les femmes.
Si-Gueriki, La Reine-Mère est l’histoire de la confrontation d’un jeune homme avec son histoire, ses racines et sa culture. C’est un film intime et personnel, un regard de l’intérieur sur certains aspects de cette culture très ancienne. C’est aussi la rencontre entre un jeune homme et ses deux mamans.
C’est l’histoire d’un jeune homme devenu cinéaste, qui revient dans son village au Bénin après avoir passé plusieurs années en Europe. Ce que j’ai aimé dans ce film, c’est l’authentique mouvement qui le traverse, en transformant le cinéaste et son film.
Il arrive au village, T-Shirt et jeans, avec l’intention de faire un documentaire sur son père, grand chef Wassamgarais qu’il admirait, mais qui est mort avant ce retour. C’est la saison des pluies, il pleut des seaux. Que faire ? Lorsqu’il ne reste plus que quelques photos, quelques bribes de souvenirs racontés ici ou là et l’absence, immense, dans la grande cour de la concession. Le cinéaste cherche, tâtonne, s’égare quelques temps (du moins m’égare) en commençant une enquête sur la condition des femmes et des filles, avant et maintenant. Mais le voici qui trouve enfin son film ! Lorsqu’il découvre deux coépouses de son père, restées là après le départ du grand homme. L’une des deux femmes est sa mère. Il ne la connaît presque pas car lorsqu’il était enfant, elle vivait dans l’espace des femmes auquel il avait rarement accès. Les premiers contacts sont difficiles, visiblement ils ne se comprennent pas. Lui pose des questions maladroites, des questions d’européen, elle répond à sa façon, à côté. Mais bientôt, ils parviennent à se rapprocher. Au cours d’une cérémonie, il découvre que cette femme, dans le passé soumise et perdue au milieu de toutes les coépouses, cette femme aujourd’hui a hérité du pouvoir des nobles et est devenue une reine respectée.
Ainsi le retard qu’il porte sur sa mère se transforme et c’est, j’imagine, ce qui lui permet de recevoir le magnifique cadeau que les coépouses finissent par lui faire : leurs secrets partagés de femmes, mariées ensemble à un homme qui ne savait pas les aimer. On est alors saisi par l’intimité qui est offerte, par la belle complicité qui éclate de rire. Le cinéaste retrouve enfin l’objet de son film initial, la figure de son père, à travers les paroles bouleversantes de ces femmes.
Laurence PETIT-JOUVET, cinéaste
Les Films du Raphia
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