Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Claire SimonSans l’avoir vraiment calculé, une femme fait croire à son mari qu’elle est enceinte. Il ne veut pas de l’enfant et elle refuse d’adopter puisqu’elle n’est pas enceinte. Peu à peu, le mari se convainc d’accepter cet enfant hypothétique.
Les toutes premières images du film de Claire Simon proviennent de caméra de surveillance du réseau routier de Nice. Pas d’embouteillage, de bouchon, mais plutôt le passage sporadique de véhicules dans la nuit, passant puis disparaissant, laissant le champ vide, désert. A l’instar de ces images tout le film est sous ce mode : l’observation d’une trajectoire. Le vertige, dans son sens le plus courant, est la peur de tomber dans le vide et il est connu que les personnes en souffrant sont à la fois révulsées et séduites par lui. Il peut être aussi, isolé de toute relation au relief, interprété comme un égarement. Ainsi en est-il du trajet de Magali, qui lors d’un accident anodin de voiture, est conduite à l’hôpital, laissant croire soudain qu’elle est enceinte. Pour combler le vide qui l’habite, mais aussi pour empêcher le départ de son compagnon, elle s’approprie cette hypothèse, s’adapte à cette fiction. Suivant autant, si ce n’est plus, la joie de son entourage de la voir enceinte, que son propre désir, elle crée de toute pièce sa grossesse. A la fois tentée d’avouer son imposture et attirée par ce rôle, elle est finalement happée par l’engrenage et va jusqu’au bout de son débordement. Claire Simon a décidé de filmer un fait divers de A à Z et elle s’y engage en réussissant admirablement un pari difficile : celui d’être à la fois distante et proche. La mise en scène ne nous impose rien et la caméra cherche dans sa proximité avec les personnages, dans d’infimes détails, une sorte d’écho. Comme si rien ne devait nous échapper de leurs vies, comme s’il se jouait, en filigrane, autour d’eux, sur leur visage, là où le récit s’incarne, notre propre histoire. Sinon oui , ressemble à la musique qui l’accompagne, composée par Archie Shepp, tendue à l’extrême, vertigineuse. Alain RAOUST
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