Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Raphaël NadjariSeul dans son appartement, Simon veille le corps de sa femme, Anna.Elle vient de se suicider. Prostré il se souvient de leur rencontre, un an auparavant. Simon est un prêteur sur gages, dans le Spanish Harlem de New York. La quarantaine, il mène une vie solitaire et rigide, obsédé par l’ordre et l’argent. Anna entre un jour dans sa boutique pour vendre quelques bijoux. C’est une femme de trente ans, belle, énigmatique. Elle semble venir de nulle part, et ne pas savoir vraiment où aller. Simon s’intéresse à elle. Il est touché par sa beauté, par sa tristesse. Anna revient plusieurs fois le voir. Il l’invite à dîner un soir, et la demande brusquement en mariage.
Une scène révèle le socle sur lequel repose l’architecture du film : une femme, le rire moqueur et quelque peu satanique fait voler des billets verts(in god we trust) dans une minable boutique sous le regard décomposé du propriétaire.Cette femme devenue « sa femme » est une sorte de météore, une sirène émouvante souvent, énervante parfois qui, en débarquant dans l’univers de ce prêteur sur gages va le bouleverser doublement.D’abord en dérangeant son petit train-train des affaires et ensuite en opérant une fêlure dans son monde affectif. La confrontation entre un amour possible et les délices de l’argent est rude et le combat,hélas, inégal. Dans la relation qui s’installe entre eux,le Dieu dollar va imprimer sa marque.Le plaisir de l’oeuvre c’est aussi la captation et le cadrage de l’espace triste et sans relief mais combien parlant, c’est « le mystère », ses fragiles personnages, la puissance de leurs sentiments et enfin cette tentative(désespérée et pathétique) de notre sympathique météore qui, en fuyant un monde se retrouve projeté dans un autre et finit par buter(se faire buter) contre le mur de la sécheresse de la vie. Ce film est traversé par une tension permanente tout en nous épargnant les ingrédients classiques de la violence.Ce qui est excitant dans The Shade, c’est la fabrication d’un cocktail très américain conçu par un regard européen qui rend compte avec délicatesse du Chaos dans lequel se précipitent les personnages. L’écho du film résonne chez ceux qui se cherchent vainement dans l’amour de l’autre mais qui se font souvent et tragiquement piéger par le vide d’un monde de plus en plus gorgé de gadgets. « Je ne suis à l’aise que dans la liberté,échappant aux objets, échappant à moi-même » Jean-Paul Sartre. Ali AKIKA
Ad Vitam
71 rue de la Fontaine au Roi
75006 Paris
Tél : 01 46 34 75 74
Fax : 01 46 34 75 09
Email : contact advitamdistribution.com
Site : www.advitamdistribution.com
Filmaker
65 rue du fbg st Denis
75010 Paris
Tél : 01 42 47 13 13
Fax : 01 42 47 11 12
Email : filmaker aol.com