Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Férid BoughedirÀ « La Goulette », petite ville portuaire de la banlieue de Tunis, les populations les plus diverses coexistent depuis toujours dans un bonheur nonchalant. C’est l’été 1966 : Youssef le musulman, contrôleur sur le train TGM, Jojo le juif tunisien, « roi de la brik à l’oeuf » et Giuseppe le sicilien catholique qui est pêcheur, sont aussi inséparables que leurs trois filles de 16 ans, Meriem, Gigi et Tina.Par provocation, les trois adolescentes jurent qu’elles perdront leur virginité le jour de la fête de la Madone, chacune avec un garçon d’une autre religion que la sienne ! Ce « tabou » ainsi affronté au grand jour amène les trois familles à la rupture.Mais l’amitié entre les trois pères est si forte qu’elle les fait se réconcilier, plus frères que jamais... juste à la veille de la guerre israélo-arabe des « six jours », en 1967, qui va se séparer pour longtemps juifs et arabes dans le monde.
Ce qui est magnifique dans ce film, c’est le regard de Férid Boughedir ; regard à la fois tendre et critique, regard d’un homme qui aime passionnément les gens qu’il filme, qui jubile littéralement (comme trop rarement dans le cinéma contemporain) de toute cette vitalité extraordinaire des mots et gestes populaires.Film drôle, sensuel, musical, amoureux des corps et des lumières chaudes de cette société tunisienne où cohabitaient pacifiquement 3 cultures et 3 religions, capables de surmonter par elles-mêmes leurs contradictions : les 3 filles rebelles auront finalement raison des préjugés des pères grâce à leur solidarité de femmes.Plus génial encore, elles se débarrasseront du tartuffe local en le prenant à son propre piège : puisque dans sa folie hypocrite d’un nouvel ordre moral, il oblige la jeune musulmane à sortir dorénavant sous le voile, elle ira chez lui, nue sous son haïk : il en mourra !... Un film essentiel en ces temps d’intégrismes et de « préférences nationales » rampantes, qui voudraient renvoyer chacun chez soi (et les femmes à leurs fourneaux) et qui hurlent à l’impossibilité du mélange et de la mixité des cultures sur un même sol.Jean-Pierre THORN
Les Films du Losange
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Marie-françoise MASCARO et Férid BOUGHEDIR