Un Rêve algérien

Un film de Jean-Pierre Lledo

France - 2003 - 110 min - Couleur - 35mm

Sortie : 26 novembre 2003


Image : Jean-Jacques Mrejen
Son : Alain Sironval
Montage : Chantal Hymans
Musique : Camille Rocailleux et Josue Febles

Avec :
Osman Elkharraz, Sara Forestier, Sabrina Ouazani, Nanou Benahmou, Hafet Ben-Ahmed, Aurelie Ganito, Carole Franck, Rachid Hami, Hajar Hamilili, Mariem Serbah, Hanane Mazouz, Sylvain Phan

Synopsis :

L’auteur, exilé en France depuis 1993, demande à Henri Alleg de l’accompagner en Algérie afin d’y retrouver ses anciens compagnons de l’époque coloniale. Pour le monde entier, Alleg c’est « La Question ». Première dénonciation de la torture par quelqu’un qui la subie. Publiée en pleine guerre d’Algérie, en1958, très vite censurée, best seller partout traduit. Pour les Algériens, Alleg est d’abord le directeur du mythique Alger Républicain des années 40 et 50, le seul quotidien anti-colonial de l’époque.


Un Rêve algérien raconte le voyage d’un homme qui retourne dans son pays pour la première fois depuis 1965. Il prend le bateau à Marseille, est accueilli à Alger par de nombreux amis qui l’embrassent, puis entame son périple durant lequel il nous guide. « C’était là… et ça c’était ça… » etc... Au début j’appréhende, ayant vu si souvent cette forme de film dégénérer en un exercice difficile, obligé et laborieux. Mais bientôt ce qui se passe devant la caméra déborde, l’emporte et m’emporte, dans l’histoire d’Henri Alleg d’abord, puis dans celle de l’Algérie comme jamais je n’avais pu l’apercevoir. Souvent étranglé d’émotion, l’ancien militant communiste et anticolonialiste retourne sur les lieux de ses engagements qui l’ont conduit jusque dans les chambres de torture. Il retrouve intacts ses sentiments de l’époque, comme sa colère devant ce qu’était l’Algérie française, faite des souffrances du peuple colonisé, de racisme, de famine et d’exploitation. Henri Alleg retourne voir ses compagnons de lutte, des indépendantistes, parmi eux des « Européens » comme on disait à l’époque, qui n’avaient pas de problème pour nourrir leurs enfants et qui pourtant ont risqué leur vie pour une autre Algérie. « Par répugnance pour le colonialisme. Par honte ! » s’écrie une femme, magnifique. Car il faut dire qu’à l’occasion de ce film-voyage, on croise de sacrés personnages, de grande beauté. Tous se sont battus ensemble par-delà leur différence de religion et d’origine. Leurs récits nous font revivre de l’intérieur la censure, les massacres punitifs, la torture, la guillotine... pratiqués par la France, mon pays, il y a si peu de temps. Le film se boucle à Oran, dans la ville natale du cinéaste. Là on découvre les racines de son film : son père était militant anticolonialiste, et lui le fils, porte cette même certitude cuisante « qu’une autre Algérie, indépendante, fraternelle et solidaire aurait été possible. » Malgré un tournage sous escorte et des milliers d’assassinats récents dans l’atmosphère, l’Algérie de Lledo est belle, très belle et tellement réelle. A chaque plan je me trouvais en train de dévorer des yeux ce pays que je ne vois jamais, jamais comme ça. Alors la voici l’Algérie que Jean-Pierre Lledoa du quitter sous la menace du FIS. En la filmant avec les yeux de quelqu’un qui aime, il a réussi à transformer cette blessure intime, sa nostalgie pour ce pays, en une nostalgie plus grande, celle d’un monde meilleur.

Laurence PETIT-JOUVET, cinéaste

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