Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Rithy PanhCambodge, Août 1992. Savannah, 28 ans, revient à Phnom Penh après quatre années passées à combattre les Kmers rouges au nord du Cambodge. Comme tous ceux de sa génération, il n’a connu, depuis l’enfance, que la geurre, les camps, la famine et les massacres. Sa famille ayant été décimée sous le régime de Pol Pot, Savannah n’a plus qu’un oncle, Sôn, chez qui il se réfugie. Un soir, dans un dancing, Savannah succombe au charme de Srey Proeuv, l’une de ces hôtesses qui suivent parfois à l’hôtel les clients plus généreux. Savannah se remet à la boxe et tente de convaincre Srey Poeuv d’abandonner son métier pour tenter de vivre une vie où ils n’auront plus à vendre leur corps, d’aucune façon. Dans un Phnom Penh en pleine reconstruction, un univers d’une extrême précarité, les deux jeunes gens vont vivre une passion qui entraînera celui qui voulait vivre à la mort et celle qui veut mourir à vivre dans le souvenir de son amour.
Un soir après la guerre se déroule dans le Cambodge d’aujourd’hui. Il s’agit d’une histoire d’amour entre un jeune soldat qui rentre de la guerre et une jeune fille vendue comme prostituée qui cherche à se racheter, au sens propre du terme. Pourquoi cette histoire classique nous émeut-elle autant ? Peut-être parce que Rithy Panh filme dans un même mouvement des visages, des regards, des corps et le Cambodge moderne. Comme dans Les Gens de la rizière, avec plus de réussite encore, il n’hésite pas à filmer des plans documentaires ou mieux encore à faire surgir le documentaire au cœur même d’un plan avec toute la violence que cela peut produire. Le film ne montre pas la guerre, c’est de ce point de vue l’exact opposé de ce que le cinéma américain propose : il la fait ressentir de façon viscérale. On en sort révolté.
Olivier DUCASTEL, cinéaste
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