Un Spécialiste, portrait d’un criminel moderne

Un film de Rony Brauman et Eyal Sivan

France - 1998 - 128 min - Noir et blanc - 35mm

Sortie : 31 mars 1999

Sélections et prix :
Sélection Officielle Festival International du Film de Berlin 1999
Scénario : Rony Brauman et Eyal Sivan
Image : Eyal Sivan
Son : Nicolas Becker et Audrey Maurion
Montage : Audrey Maurion
Musique : Yves Robert et Béatrice Thiriet

Avec :
Hanspeter Müller

L'accusé, Adolf Eichmann, est un homme de taille moyenne, la cinquantaine, myope, presque chauve et affublé de tics nerveux. Tout au long de son procès, il est assis dans un box de verre, entouré de documents soigneusement empilés qu'il annote, relit et feuillette inlassablement. Expert en émigration, spécialiste de la «{question juive}», responsable du transport des «{déportés raciaux}» vers les camps nazis entre 1941 et 1945, il décrit son travail avec une précision bureaucratique étouffante. Face à la cour et aux victimes rescapées de l'enfer qui se succèdent à la barre des témoins, il reconnaît avoir fourni aux usines de la mort le contingent humain à détruire. Il s'évertue à exposer le conflit entre son devoir professionnel et sa conscience humaine et insiste sur le fait que personne ne peut lui reprocher d'avoir mal fait son travail...


De 1941 à 1945, Adolf Eichmann a supervisé la déportation des Juifs, des Polonais, des Slovènes et des Tsiganes d’Europe vers les camps de concentration nazis. En 1961, il comparaissait devant un tribunal Israélien et pour la première fois un tel procès fut intégralement filmé. C’est à partir des 350 heures de vidéo retrouvées sur environ 500 qui furent enregistrées pendant le procès, qu’Eyal Sivan et Rony Brauman ont réalisé ce montage de 2 heures.
Eichmann est là, dans une cage de verre blindée, et dès la première image on se surprend à être presque déçu ? C’est lui Eichmann, rien qu’un homme, pas un monstre, pas une bête. Et c’est toute la force du film de nous faire sentir que l’horreur a pu dépendre de cet homme-là, qui s’explique, qui regrette, qui voudrait qu’on lui pardonne. Et que si ça a pu être cet homme-là, ça aurait pu être un autre, beaucoup d’autres. On se souvient alors qu’il n’y a pas eu un seul Eichmann, mais des milliers, des millions dans toute l’Europe qui contribuèrent au nazisme. En permettant à Eichmann d’expliquer quel fut son rôle, le film nous rend peu à peu accessible par quel mécanisme on a pu déclencher et légaliser ces crimes, tout en faisant disparaître jusqu’à la notion même de responsabilité. L’on découvre alors que ce n’est pas l’irrésistible envie de tuer d’un psychopathe meurtrier qui conduisait Eichmann, pas même la haine ni un racisme maladif. Eichmann a supervisé l’horreur avec seulement les qualités requises pour sa tâche, un mélange de sens du devoir, d’absence d’esprit critique et de lâcheté. Bref des « qualités » très humaines. Il se reconnaît coupable de « crimes terribles », mais pas responsable de leur initiative que son devoir professionnel l’obligeait à exécuter contre sa conscience humaine. Il n’était lui, dit-il, « qu’une goutte d’eau dans l’océan, un instrument dans les mains de forces supérieures ». A travers Eichmann, dont la philosophe Hannah Arendt, qui assista au procès, a pu dire que «  sa normalité était plus terrifiante que toutes les atrocités réunies  », c’est le nazisme tout entier qui se raconte. Ce film propose ainsi un des rares documents filmés sur le fonctionnement d’un système totalitaire, implacable machine à détruire toute altérité, réduisant à néant ce qui fait justement de l’homme une créature merveilleuse mais aussi très fragile, sa conscience.

Henri-François IMBERT, cinéaste

Les Films


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