Victor...pendant qu’il est trop tard

Un film de Sandrine Veysset

France - 1998 - 88 min - Couleur - 35mm

Sortie : 16 décembre 1998

Scénario : Sandrine Veysset
Image : Hélène Louvart
Son : Didier Sain
Montage : Mathilde Grosjean


Avec :
Lydia Andrei, Jérémy Chaix, Skan Guenin, Mathieu Lané

Synopsis :

Un soir d’hiver, Victor, 10 ans, fuit la maison de ses parents... Un coup de tête, après un coup de ciseaux. La fuite... la peur... l’épuisement... Une fête foraine qui illumine la nuit. Mick, le jeune homme au manège... Victor s’évanouit. Au matin, c’est chez Triche qu’il se retrouve... cette drôle de fille, trente ans, qui dort une partie du jour, travaille la nuit. Pas évident cet enfant qui débarque, et pourtant les matins se succèdent, et Victor reste là et Triche accepte qu’il reste... liens invisibles de deux êtres en souffrance. Comme une évidence, à la fois belle et douloureuse.


Prononcez à voix haute et en articulant bien le titre du film de Sandrine Veysset. Ça râpe, ça accroche. Le film ressemble à cela. Il a cette même rugosité, Victor... pendant qu’il est trop tard n’est pas un film lisse, sans aspérité. Ce n’est pas un objet manufacturé, mais plutôt une pièce unique, sans modèle comme déjà Y aura-t-il de la neige à Noël. Victor, c’est un nom d’homme et pourtant c’est celui d’un enfant. Ce film est fait de contrastes. C’est sombre et lumineux, parfois cruel et tendre, pudique et impudique, agile et boiteux, féerique et trivial. Victor... est un conte, Histoire d’un lutin lutteur et d’une fée qui racole. Sandrine Veysset capte la grâce enfantine de son petit personnage quand elle montre Victor trottinant dans les rues froides d’Avignon l’hiver, sa simplicité dans les gestes du quotidien. L’occasion est rare de voir un enfant ne pas être utilisé comme un acteur mais plutôt comme un partenaire. C’est cette relation qui rend possible les moments de grâce. Sandrine Veysset retrouve des regards, des silences perdus ou oubliés, elle sait se mettre à la hauteur de ses personnages, sentir et voir par eux. Ainsi ce qui fait le prix de Victor, c’est la justesse des sensations restituées. Des sensations qui viennent de loin, fragiles, mais qui sont restées intactes depuis l’enfance. C’est bien un univers singulier et un style. Peu de films aujourd’hui arpentent ces chemins, réalistes et féeriques à la fois. Il y a des matières, un rythme, des lumières qui n’appartiennent qu’à elle et qui créent de ces petits mystères qui ne s’expliquent pas. C’est aussi là qu’une histoire en creux se raconte, par les visages, les regards, par le couple improbable que forment l’enfant et la femme qui le recueille, par l’image du rapprochement de ces deux corps. Victor est le récit d’une aimantation, d’un entre-deux parcouru de frémissements où les vides sont pleins de l’absence de l’autre. Où le temps efface tout sauf les blessures. La pudeur de Sandrine Veysset fait qu’elle ne s’encombre pas d’une petite histoire, elle ne truque rien puisque ces blessures primitives et profondes suffisent à charger le moindre geste, le moindre mot, jusqu’à envelopper l’espace du film tout entier.

Charles CASTELLA, cinéaste

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