ACID l’autre sélection cannoise

Publié le 8 juin 2011

Jean-Michel Frodon, Projection publique, Blogslate.fr

Le Festival de Cannes c’est la compétition officielle, les marches, la palme d’or, nombre des plus grands cinéastes du monde conviés au Palais. C’est aussi, depuis des décennies, d’autres sélection qui ont peu à peu conquis droit de cité, et font partie de la programmation du Festival, même si pas « officiel » : la Quinzaine des Réalisateurs et la Semaine de la critique étoffent ainsi l’offre présentée aux festivaliers, et participent de la richesse de la manifestation, qui s’est du coup elle-même renforcée avec sa section « parallèle officielle » Un certain regard. Tous les films qui appartiennent à ces différentes sélections figurent sur le programme distribué par les organisateurs. Tous sauf ceux de l’ACID, programmation alternative qui a pourtant pignon sur Croisette depuis 16 ans.

La programmation de l’ACID (9 longs métrages et 10 courts) est pourtant le temps fort d’un travail mené tout au long de l’année par cette association singulière. L’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion regroupe en effet depuis 1992 des réalisateurs qui se sont avisés il y a une vingtaine d’années que les mécanismes de la distribution tendaient à marginaliser de nombreuses œuvres de qualité, mais manquant de visibilité ou ayant besoin de temps pour trouver leur public, quand la puissance de communication et la capacité à razzier les entrées en première semaine sont devenus les maîtres mots du système. Ces cinéastes ont inventé de défendre eux-mêmes ces films, par un dispositif de sélection, de parrainage et d’accompagnement, dans la France entière. Des artistes défendus par leurs pairs, pas une fois de temps en temps mais continuellement durant bientôt deux décennies, c’est une rareté.

A raison de 20 à 30 titres ainsi pris en charge chaque année, ce sont près de 500 films , français et étrangers, qui ont bénéficié de l’activisme de l’ACID. Textes de soutien d’un cinéaste à propos du travail d’un autre, édition de plaquettes, aide au tirage de copies supplémentaires lorsque la demande finalement se construit, 280 présentations en salles avec les auteurs, ou sans eux, construction de liens réguliers avec un réseau de 180 cinémas dans tout le pays, souvent dans des villes petites ou moyennes, quelque 400 propositions de programmation…

Parmi les 120 réalisateurs adhérents, ils sont chaque semaine une trentaine à participer au visionnage collectif des films, et au choix de ceux qui recevront le renfort de l’association. Un soutien, insiste Fabienne Hanclot, la déléguée générale, qui est un véritable engagement personnel, supposant chaque fois d’être prêt à consacrer un temps important au film d’un autre.

L’ACID est ainsi devenue une référence pour d’innombrables interlocuteurs de la planète cinéphile : un film présenté dans cette section à Cannes voit ses chances de trouver un distributeur sérieusement augmentées, et est de toute façon assuré d’être ensuite invité dans de nombreux autres festivals, en France et à l’étranger. « Les films voyagent durant 18 moins en moyenne, souvent accompagnés de leurs auteurs, après avoir été montrés ici » affirme Fabienne Hanclot. Parmi les titres choisis cette année, mentionnons au moins le remarquable Fix ME du Palestinien Raed Andoni, Entre nos mains de Mariana Otero, une des meilleures documentaristes actuelles, Fleurs du mal, premier film de David Dusa hanté par les images de la répression en Iran, ou le très percutant Donoma de Djinn Carrénard.

Fabienne Hanclot ne songe même pas à se plaindre que la sélection ACID ne figure pas aux côtés de ses aînées cannoises : toutes les séances cannoises attirent un public nombreux, la plupart des séances sont pleines. C’est plutôt « le Festival » comme entité qui devrait s’aviser de cette composante « différente », mais loin d’être marginale, et où vit une partie de ce qui fait la raison d’être du grand barnum cannois.

La Programmation ACID à Cannes

Chaque année, pendant le Festival International du film, l’ACID présente à Cannes 9 films, la plupart sans distributeur. Cette action permet à l’ACID de donner de la visibilité à de nouveaux talents et facilite la sortie de leurs films en salles.

Ce soutien ne s’arrête pas à la clôture du festival. Dès le retour de Cannes et tout au long de l’année, l’équipe de l’ACID accompagne le réalisateur et sa production dans les différentes étapes menant à la diffusion en salles. L’ACID est également partenaire de nombreux festivals en France et à l’étranger, qui visionnent systématiquement les films qu’elle soutient.

De nombreux réalisateurs ont été programmés à leurs débuts par l’ACID à Cannes. Entre autres, Arnaud et Jean Marie Larrieu, Avi Mograbi, Robert Guédiguian, Gérard Mordillat, Jean Pierre Thorn, Nicolas Philibert, Yolande Moreau, Gilles Porte, Serge Bozon, Vincent Dieutre, Lucas Belvaux, Claire Simon, Alain Gomis, etc.

La programmation cannoise de l’ACID est reprise à l’automne au Nouveau Latina à Paris, dans une trentaine de salles en Ile-de-France, en Rhônes-Alpes ainsi qu’aux Etats-Unis.

L’ACID à Cannes c’est également un soutien ACID/CCAS à un film de La Semaine de la Critique. Attribué par des cinéastes membres de l’ACID et un représentant de la CCAS, ce soutien est financé à hauteur de 8000 euros par la CCAS.

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