Le journal des lycéens

9 lycéens à la découverte des 9 films

l’ACID poursuit son travail de sensibilisation au cinéma indépendant en direction des jeunes publics, et inaugure à l’occasion du festival un partenariat avec le Lycée Bristol de Cannes, sous l’égide du rectorat de l’Académie de Nice.

Un groupe de neufs élèves a découvert les neufs films de la programmation ACID et a pu rencontrer les cinéastes et les équipes des films. Jour après jour, ils nous ont fait part de leurs impressions...

Pas déçu, mais dérouté par « Rue des Cités »

Le premier long métrage prometteur de Carine May et Hakim Zouani, se déroule à Aubervilliers. Mais la cité filmée n’est qu’un exemple représentatif de tous ces grands ensembles d’HLM en banlieue. Adilse, jeune glandeur macho, vit de petits trafics. Nous le suivons pendant 12h à la recherche de son grand-père qui ne l’a pas averti de son futur départ pour le bled.

Le film a la générosité des premiers films, en touchant à des sujets universels – bien loin des clichés anxiogènes du JT – comme la famille, les générations, l’incommunicabilité… Il a aussi la qualité de questionner notre regard extérieur sur la banlieue : les journalistes y « bidonnent » leurs reportages, les jeunes y discutent avec les vieux chez le coiffeur, ils font des films (une belle mise en abyme) et même de la poésie !

Cependant, l’impression est mitigée : ce moyen-métrage (70 mn) se veut œuvre de « docu-fiction », si à la mode en ce moment, notamment pour les reconstitutions historiques. Les réalisateurs veulent donc apporter une vision objective de la banlieue. Alors le spectateur est amené à se demander : Pourquoi le noir et blanc ? Lorsqu’on leur pose la question, les deux réalisateurs expliquent que c’est le côté esthétique qui les a attirés. Mais justement, n’est-ce pas contre-productif ? Où est alors le souci d’objectivité ? On pense évidemment à La Haine de Matthieu Kassowitz. Mais la réalité n’est pas en noir et blanc, elle est en couleurs, avec la palette très large et bigarrée des banlieues populaires…

En somme, un premier film ambitieux, mais déroutant.

Stéphanie, élève de Seconde au lycée Bristol

Rue des cités : un film humain qui raconte les dessous de la société, dans la réalité.

Rue des cités : un film humain qui raconte les dessous de la société, dans la réalité. Carine May et Hakim Zouani, les réalisateurs, mettent en œuvre la sombre réalité des classes pauvres, dans un décor vrai de la cité d’Aubervilliers. Adilse et Mimid, les personnages principaux, enchaînent les aléas dans une banlieue sans merci avec des affronts survoltés pour montrer aux spectateurs les aspects moroses de cette société déficitaire.

Loin de cette farandole d’acteurs prétentieux, intéressés que par l’argent, les acteurs d’Adilse et Mimid jouent leur rôle de saltimbanques dans le plus d’abnégation possible et pour le plus grand bonheur des puristes du cinéma réaliste et engagé.

Le décor, un peu moins attrayant que Wisteria Lane, dans Desperate Houswives, sait tout de même convaincre avec son côté obscur et souvent négligé des classes défavorisées.

Le choc des genres comme la poésie avec le slam, les interviews de gens concernés par les cités et de psychologues, et cette documentation sur ces classes déficitaires renforce l’idée que ce film a pour but de convaincre tout public prêt à ouvrir les yeux sur ces citoyens, souvent écartés.

La structure cinématographique est très intéressante. En effet, le slam introduit et conclut l’histoire, les interviews renforcent la crédibilité et les péripéties du jeune en vélo qui progresse inexorablement dans cette cité morose et qui conclut le film avec son premier sourire sur la dernière image, rassurent le spectateur sur l’optimisme de la cité en général.

C’est donc à la perfection que Carine May et Hakim Zouani mêlent humour et réalisme dans un ouvrage de petit budget mais qui a de quoi faire peur aux grands noms du cinéma français.

Clément Dupont, élève de Seconde au lycée Bristol

Critique de Rue des cités

Rue des cités est réalisé par Hakim Zouhani et Carine MAY.

Aubervilliers, 2011

Un film au cœur de la ville, de la banlieue, et de ses effets. Une fresque urbaine où les gens vivent et survivent en continuant à rêver. Fresque sur ceux que la majorité croit être une minorité, sur un monde clos qui tente de s’extraire. C’est tendre, subtil, poétique, juste, mesuré ; le témoignage est épuré et les personnages irrésistiblement attachants. Parfois on pense à l’Esquive avec Sarah Forestier, mais le rythme entraînant, les images soignées et le jeu des acteurs tout aussi bon le distingue. Ceux-ci nous disent leurs poésies, parfois rappées, mais parfois dans des dialogues de la vie quotidienne. Comment ne pas rire devant des « tac-au-tac » aussi savoureux ?

Ce film est une initiation pour le français hypocrite et le borné... Une vraie objectivité est là, pas de plaintes superficielles et de pathos ; les passages documentaires sont bouleversants. Perçus au premier abord comme surprenants, ils sont un complément très pertinent pour l’ensemble ; cela redonne de la force. En effet, comment des personnages fictifs peuvent-ils se passer de témoignages réels ? Quand on voit cette jeune femme qui parle de son BTS rue Rivoli à Paris et qui n’a qu’une envie, revenir voir ses amis de banlieue, ou ce jeune homme qui avait volé un gâteau d’anniversaire qu’il était allé payer une semaine plus tard alors qu’il avait trouvé de l’argent ... on ne peut que sourire.

L’esthétique originale de tout filmer en noir et blanc radicalise le coté brut et sans artifice de l’ensemble. Bravo pour avoir prêté attention à la qualité de l’image.

Ode à l’humanité et à la diversité ; c’est une peinture de vies, de la chaleur d’êtres qui parfois se cachent sous le voile de la vulgarité pour s’exprimer. Ce sont des personnes à l’état brut que nous voyons sur l’écran, cela nous prend au cœur. La justice et les lois sont redécouvertes dans ce film ; des codes « différents » qui disent notre monde autrement ... « Faites pas les acteurs, jouez comme d’hab’ » déclarait Carine MAY sur le tournage ; ce film s’est en effet fait « à la bonne franquette avec des sandwichs pour tous à midi et avec un financement de 7 000 euros", nous disait-elle aussi avec le sourire. Elle pouvait se le permettre, car être parvenu à un résultat percutant avec aussi peu de moyens est remarquable.

Au cœur de son temps ; un film de 2011, respirant la vérité, plein de fraîcheur, que la B.O porte à merveille et qui touche les jeunes et les moins jeunes. À suivre ..."

Claudia Fortunato, 1ère L3, Lycée Bristol.

Critique de Palazzo delle Aquile

Palazzo delle Aquile, de Stefano SAVONA, Alessia PORTO et Ester SPARATORE

« Nous ne sommes pas des bêtes ! » crie cette femme qui, comme 17 autres familles, a été expulsée et décide d’occuper le palais municipal pour faire pression. Palazzo delle Aquile nous fait entrer dans le quotidien oppressant, injuste, voire comique par son illogisme en suivant ces familles pendant 2 semaines. On se croirait dans un régime autoritaire, où le peuple subit un pouvoir abusif et pourtant nous sommes … en Italie. La démocratie ne serait-elle alors qu’une illusion ?

Plus qu’une critique sociale ou politique, le film va s’évertuer à nous montrer le courage de ces familles qui luttent coûte que coûte pour leur cause, mais aussi pour rester unies dans une situation aussi critique. Elles sont les anti-héros vedettes auxquels on s’attache. On assiste à une solidarité entre les membres face à une opposition bien plus puissante. À aucun moment, une famille n’est filmée séparément. Cette unité touchante n’est cependant pas constante, et à même tendance à s’effriter. Malgré un combat commun, certains troubles apparaissent : il est difficile de faire entendre sa voix.

On assiste à l’organisation d’une société à petite échelle, organisation qui consiste aussi bien à distribuer la nourriture que la parole. Malgré tous leurs efforts pour que tout se déroule au mieux, ce huis clos est étouffant, renforcé par le sentiment de stagnation, puis la situation empire. Dans ce théâtre trop petit pour 18 familles, les cris des enfants résonnent jusqu’à devenir à la limite du supportable. Ils ne comprennent pas très bien ce qui leur arrive, tout ça n’est qu’un jeu. Puis, au bout de quelques jours, face à la fatigue et à la frustration de leurs parents, le jeu devient cauchemar. Les rares moments de complicité avec leurs parents désabusés détendent un peu l’atmosphère. Mais leur innocence les place en victimes et ne fait que renforcer l’impression d’injustice d’une situation inhumaine.

C’est donc un tableau bien sombre qui est ici fait de la démocratie italienne, qui ne semble plus correspondre à ses valeurs. Le film se passe seulement dans l’obscurité. Et 2h08 dans le noir, c’est long. Trop long. On aurait voulu, pour dynamiser, avoir des interviews avec la famille, ce que pense véritablement les différentes victimes, qu’ils se confient à nous, plutôt que se contenter de les regarder de manière trop extérieure. Un sentiment de redondance va s’installer. Le fait que le film se termine sur une dernière pirouette, avec au final la non obtention de leur requête, est inattendu et donc agréable, empêchant une sorte de happy end qui n’aurait pas collé au pessimisme du message qui nous est délivré. Bizarrement, le spectateur ne sort pas désabusé mais plutôt résigné. Et impuissant.

Laura Cuissard TL3

Critique de Rives

Rives, d’Armel HOUSTIOU

Rives a l’air de beaucoup de choses, mais pas d’être français. Et on aimerait savoir ce qui a inspiré Armel Houstiou. Pourtant l’histoire se déroule à Paris, où l’on suit la journée tout à fait ordinaire de 3 personnages qui ne se connaissent pas et qui, pourtant, se ressemblent. Le réalisateur va réussir à rendre la banalité fascinante. Avec un rien, l’émotion est là : on sourit en voyant ces gamins s’évertuer à dessiner la France, ou encore cette jeune fille qui coupe une tomate, en s’appliquant, gestes qui n’ont rien d’extraordinaire, mais la caméra arrive à e capter la beauté de ces instants fugaces, qui semblent quasiment volés.

Ce film français donc semble rendre hommage à de grands cinéastes qui ont pu être sélectionnés ces dernières années au festival de Cannes, comme Sofia Coppola en 2006 ou encore Alejandro Ganzàlez Inarritu en 2006 puis en 2010. De Coppola, Houstiou a repris la solitude de personnages désaxés, le monde les entourant semblant si lointain. On retrouve également un esthétisme, avec ce traitement des lumières qui forme des jolis halos, des couleurs pastels. Le quotidien est calme, paisible, l’histoire tient en deux mots, la fin ne semble pas en être une. L’importance du silence est aussi caractéristique, entrecoupé par des moments de musique éléctro qui isolent un peu plus nos héros d’un monde qui leur apparaît incompréhensible, une grande ville qui ne fait pas attention à eux.

De Inarritu, et notamment dans son film Babel, on retrouve ces destins croisés de personnages qui ne se connaissent pas et qui n’ont pas la même nationalité, la même langue et la même vie.

La seule chose qui peut nous décevoir est la raison donnée pour relier les personnages entre eux : en effet, ils se retrouvent dans leur rêve. Même si les scènes oniriques sont très belles, elles sonnent comme un prétexte pour justifier le choix de regrouper ces trois personnages. Cela semble de trop, les liens sont assez visibles : leur sensibilité exacerbée, leur solitude, leur liberté justifient implicitement le fait qu’on les ait regroupés dans un même film.

Laura Cuissard TL3

Les jeunes cannois éduqués au cinéma

Audrey Minelli, Nice Matin 21.05.2011

Scolaires Pour la première fois, neuf lycéens ont suivi l’intégralité de la programmation de l’Acid. Un des nombreux projets pédagogiques de l’Académie.

Depuis de nombreuses années déjà, le festival de Cannes est l’occasion pour l’Académie de Nice de faire entrer le 7ème art au cœur de la vie de ses élèves. Notamment grâce aux sélections parallèles, ainsi qu’à l’investissement des associations Cannes Cinéma et Cinéma du sud. En mettant en place ces projets pédagogiques, l’Académie de Nice entend « montrer aux jeunes le panel de la création artistique, leur expliquer la philosophie des sélections et découvrir également ce qu’est un festival. Certains ont même pu rencontrer des équipes de films à la suite des projections, c’est très enrichissant pour eux. », expose la déléguée académique à l’éducation artistique et culturelle, Laurence Patti.

Un travail de pro

Pour Estelle, Maverick, Damien, Christophe, Laura, Claudia, Yanice, Camille et Charles, élèves au lycée Bristol de Cannes, c’est un travail de professionnels que leur ont réservé l’Académie de Nice et la sélection de l’Acid, dont ils ont suivi les dix journées de programmation. Soutenus par leur proviseur, André Maurizi, et encadrés par Christine Forster, professeur-documentaliste à Bristol, ils ont assisté aux projections du matin au Studio 13 (MJC Picaud). « On a découvert beaucoup de registres différents, des films originaux que l’on ne serait peut-être pas allés voir nous-mêmes », confie Damien. Chaque projection était suivie d’un débat, les neufs lycéens ont pu questionner les équipes de film. Réalisateurs, acteurs, compositeurs de musique... « On a eu une vision globale et concrète du cinéma, se réjouit Estelle. C’est très intéressant et important pour notre ouverture d’esprit » Et ces jeunes de conclure : « Les débats sont intéressants car on a des réponses immédiates aux questions que l’on se pose et c’est tout l’intérêt. »

Une expérience à renouveler

Mais travail de professionnel oblige, leur semaine ne s’est pas résumée à des visionnages de courts et longs métrages. Chacun a dû rédiger une critique de film. « Les textes récoltés seront mis sur le site de l’Acid », explique Karin Ramette, chargée de communication, médiation et relation avec le public pour l’Acid et référent sur ce projet. Très satisfaits de cette expérience, ils n’ont qu’un souhait, résumé par Christine Forster, « c’est une expérience à renouveler et un projet à imposer. »

© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion | réalisation site : quidam.fr