Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
J’aime les films qui me font voyager…En ce sens, la 1ère séquence de Noces Éphémères m’a comblée.
Beauté des femmes et des enfants, chatoiement des costumes, magie des lieux…Dans cette grande maison familiale, éloignée de Téhéran, tout semble fait pour nous séduire et nous inviter à l’évasion. Carte postale idéale. Le charme opère à tel point que la sonnerie du téléphone portable de Mariam, jeune veuve, récemment arrivée chez ses beaux-parents avec sa petite fille, pour assister à la cérémonie familiale de la circoncision, nous fait sursauter et nous ramène brutalement à la vie moderne et à la réalité de la société iranienne. Le regard rassasié, on s’attache alors aux personnages, en particulier à Mariam, Kazem son beau-frère et Aziz, l’oncle de Kazem. Sous le flamboiement des apparences, on perçoit des fêlures ; derrière la chaleur de l’hospitalité familiale, la volubilité des femmes, leurs éclats de rires et leurs sous-entendus, on entrevoit les contraintes des codes sociaux et religieux qui s’imposent à tous et à toutes, inhibant les désirs, freinant les aspirations à l’épanouissement personnel et à la liberté de choix.
La question du mariage temporaire, institution très ancienne en Iran et méconnue de nous, très habilement amenée, va agir comme un révélateur de l’hypocrisie de cette société et du statut d’infériorité de la femme. Mais le film, et c’est une de ses forces, à aucun moment ne cède à la polémique et n’adopte le ton de la pure et simple dénonciation. C’est toujours à travers le vécu des personnages, leurs sensibilités différentes, que les problèmes sont très subtilement abordés. L’empathie du regard que le réalisateur porte sur eux en nous faisant vivre de l’intérieur leurs hésitations, leurs déceptions et leurs révoltes, nous permet de mieux comprendre les tensions qui existent actuellement dans la société iranienne et de mesurer la force de caractère nécessaire pour s’affirmer dans de telles conditions.
Nadine Mafféis
Chaque année, pendant le Festival International du film, l’ACID présente à Cannes 9 films, la plupart sans distributeur. Cette action permet à l’ACID de donner de la visibilité à de nouveaux talents et facilite la sortie de leurs films en salles.