Critique de Palazzo delle Aquile

Publié le 6 juin 2011

Palazzo delle Aquile, de Stefano SAVONA, Alessia PORTO et Ester SPARATORE

« Nous ne sommes pas des bêtes ! » crie cette femme qui, comme 17 autres familles, a été expulsée et décide d’occuper le palais municipal pour faire pression. Palazzo delle Aquile nous fait entrer dans le quotidien oppressant, injuste, voire comique par son illogisme en suivant ces familles pendant 2 semaines. On se croirait dans un régime autoritaire, où le peuple subit un pouvoir abusif et pourtant nous sommes … en Italie. La démocratie ne serait-elle alors qu’une illusion ?

Plus qu’une critique sociale ou politique, le film va s’évertuer à nous montrer le courage de ces familles qui luttent coûte que coûte pour leur cause, mais aussi pour rester unies dans une situation aussi critique. Elles sont les anti-héros vedettes auxquels on s’attache. On assiste à une solidarité entre les membres face à une opposition bien plus puissante. À aucun moment, une famille n’est filmée séparément. Cette unité touchante n’est cependant pas constante, et à même tendance à s’effriter. Malgré un combat commun, certains troubles apparaissent : il est difficile de faire entendre sa voix.

On assiste à l’organisation d’une société à petite échelle, organisation qui consiste aussi bien à distribuer la nourriture que la parole. Malgré tous leurs efforts pour que tout se déroule au mieux, ce huis clos est étouffant, renforcé par le sentiment de stagnation, puis la situation empire. Dans ce théâtre trop petit pour 18 familles, les cris des enfants résonnent jusqu’à devenir à la limite du supportable. Ils ne comprennent pas très bien ce qui leur arrive, tout ça n’est qu’un jeu. Puis, au bout de quelques jours, face à la fatigue et à la frustration de leurs parents, le jeu devient cauchemar. Les rares moments de complicité avec leurs parents désabusés détendent un peu l’atmosphère. Mais leur innocence les place en victimes et ne fait que renforcer l’impression d’injustice d’une situation inhumaine.

C’est donc un tableau bien sombre qui est ici fait de la démocratie italienne, qui ne semble plus correspondre à ses valeurs. Le film se passe seulement dans l’obscurité. Et 2h08 dans le noir, c’est long. Trop long. On aurait voulu, pour dynamiser, avoir des interviews avec la famille, ce que pense véritablement les différentes victimes, qu’ils se confient à nous, plutôt que se contenter de les regarder de manière trop extérieure. Un sentiment de redondance va s’installer. Le fait que le film se termine sur une dernière pirouette, avec au final la non obtention de leur requête, est inattendu et donc agréable, empêchant une sorte de happy end qui n’aurait pas collé au pessimisme du message qui nous est délivré. Bizarrement, le spectateur ne sort pas désabusé mais plutôt résigné. Et impuissant.

Laura Cuissard TL3

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