Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Rue des cités est réalisé par Hakim Zouhani et Carine MAY.
Aubervilliers, 2011
Un film au cœur de la ville, de la banlieue, et de ses effets. Une fresque urbaine où les gens vivent et survivent en continuant à rêver. Fresque sur ceux que la majorité croit être une minorité, sur un monde clos qui tente de s’extraire. C’est tendre, subtil, poétique, juste, mesuré ; le témoignage est épuré et les personnages irrésistiblement attachants. Parfois on pense à l’Esquive avec Sarah Forestier, mais le rythme entraînant, les images soignées et le jeu des acteurs tout aussi bon le distingue. Ceux-ci nous disent leurs poésies, parfois rappées, mais parfois dans des dialogues de la vie quotidienne. Comment ne pas rire devant des « tac-au-tac » aussi savoureux ?
Ce film est une initiation pour le français hypocrite et le borné... Une vraie objectivité est là, pas de plaintes superficielles et de pathos ; les passages documentaires sont bouleversants. Perçus au premier abord comme surprenants, ils sont un complément très pertinent pour l’ensemble ; cela redonne de la force. En effet, comment des personnages fictifs peuvent-ils se passer de témoignages réels ? Quand on voit cette jeune femme qui parle de son BTS rue Rivoli à Paris et qui n’a qu’une envie, revenir voir ses amis de banlieue, ou ce jeune homme qui avait volé un gâteau d’anniversaire qu’il était allé payer une semaine plus tard alors qu’il avait trouvé de l’argent ... on ne peut que sourire.
L’esthétique originale de tout filmer en noir et blanc radicalise le coté brut et sans artifice de l’ensemble. Bravo pour avoir prêté attention à la qualité de l’image.
Ode à l’humanité et à la diversité ; c’est une peinture de vies, de la chaleur d’êtres qui parfois se cachent sous le voile de la vulgarité pour s’exprimer. Ce sont des personnes à l’état brut que nous voyons sur l’écran, cela nous prend au cœur. La justice et les lois sont redécouvertes dans ce film ; des codes « différents » qui disent notre monde autrement ... « Faites pas les acteurs, jouez comme d’hab’ » déclarait Carine MAY sur le tournage ; ce film s’est en effet fait « à la bonne franquette avec des sandwichs pour tous à midi et avec un financement de 7 000 euros", nous disait-elle aussi avec le sourire. Elle pouvait se le permettre, car être parvenu à un résultat percutant avec aussi peu de moyens est remarquable.
Au cœur de son temps ; un film de 2011, respirant la vérité, plein de fraîcheur, que la B.O porte à merveille et qui touche les jeunes et les moins jeunes. À suivre ..."
Claudia Fortunato, 1ère L3, Lycée Bristol.
Chaque année, pendant le Festival International du film, l’ACID présente à Cannes 9 films, la plupart sans distributeur. Cette action permet à l’ACID de donner de la visibilité à de nouveaux talents et facilite la sortie de leurs films en salles.