Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Le premier long métrage prometteur de Carine May et Hakim Zouani, se déroule à Aubervilliers. Mais la cité filmée n’est qu’un exemple représentatif de tous ces grands ensembles d’HLM en banlieue. Adilse, jeune glandeur macho, vit de petits trafics. Nous le suivons pendant 12h à la recherche de son grand-père qui ne l’a pas averti de son futur départ pour le bled.
Le film a la générosité des premiers films, en touchant à des sujets universels – bien loin des clichés anxiogènes du JT – comme la famille, les générations, l’incommunicabilité… Il a aussi la qualité de questionner notre regard extérieur sur la banlieue : les journalistes y « bidonnent » leurs reportages, les jeunes y discutent avec les vieux chez le coiffeur, ils font des films (une belle mise en abyme) et même de la poésie !
Cependant, l’impression est mitigée : ce moyen-métrage (70 mn) se veut œuvre de « docu-fiction », si à la mode en ce moment, notamment pour les reconstitutions historiques. Les réalisateurs veulent donc apporter une vision objective de la banlieue. Alors le spectateur est amené à se demander : Pourquoi le noir et blanc ? Lorsqu’on leur pose la question, les deux réalisateurs expliquent que c’est le côté esthétique qui les a attirés. Mais justement, n’est-ce pas contre-productif ? Où est alors le souci d’objectivité ? On pense évidemment à La Haine de Matthieu Kassowitz. Mais la réalité n’est pas en noir et blanc, elle est en couleurs, avec la palette très large et bigarrée des banlieues populaires…
En somme, un premier film ambitieux, mais déroutant.
Stéphanie, élève de Seconde au lycée Bristol
Chaque année, pendant le Festival International du film, l’ACID présente à Cannes 9 films, la plupart sans distributeur. Cette action permet à l’ACID de donner de la visibilité à de nouveaux talents et facilite la sortie de leurs films en salles.