Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Jean Roy, L’Humanité
Douze films, dont neuf n’ont toujours pas trouvé de distributeurs, ont été montrés dans le cadre de cette sélection d’une grande qualité présentée et soutenue par leurs pairs.
Envoyé spécial. Rappelons-le, la sélection proposée par l’Acid (Agence du cinéma indépendant pour sa diffusion) est une marge du Festival de Cannes, car elle montre éventuellement des films déjà passés ailleurs mais, du coup, ces films sont souvent excellents.
Ainsi de Black Blood, de Zhang Miaoyan qui, dans un noir et blanc sublime, nous plonge dans la ruralité du nord-ouest de la Chine, là où la terre est aride. Afin de payer les études de sa fille, un paysan décide de vendre son sang. Rien que de voir la carriole qu’utilise celui qui fait métier de le collecter, on peut se méfier des conditions sanitaires, mais faut-il juger sur les apparences ? En tout cas, le sang étant une denrée bien rémunérée, l’homme persiste, augmente les doses, les augmente encore et, pour cela boit litre sur litre jusqu’à l’épuisement. Sa femme s’y met, quoique enceinte, et voici comment on en arrive à un des plus beaux films vus à Cannes cette année.
Gros coup de cœur aussi avec Palazzo delle aquile, de Stefano Savona, Alessia Porto et Ester Sparatore, documentaire qui suit dix-huit familles ayant occupé la mairie de Palerme pour obtenir des logements souvent promis mais sans suite. C’est le détail de l’occupation que nous suivons chronologiquement, l’action étant même datée au fil des jours. Une belle leçon de démocratie directe, finement captée par la pellicule.
Noces éphémères, de Reza Serkanian, plonge dans les contradictions de la société iranienne, ce en ne quittant pas pendant longtemps la cour de la maison d’une famille qu’on suppose assez riche pour la posséder quoique la vie y soit relativement simple. Un mariage se prépare, mais ce n’est pas si simple, un vieux meurt, un bébé est circoncis, le fiancé a fini son service militaire et de l’alcool est planqué dans une bouteille de vinaigre.
On signale aussi toutes les vaches de Bovines, d’Emmanuel Gras, et les Belges du bien déconnant mais finalement amer le Grand’Tour, de Jérôme Le Maire, Vincent Solheid et Benjamine de Cloedt.
Chaque année, pendant le Festival International du film, l’ACID présente à Cannes 9 films, la plupart sans distributeur. Cette action permet à l’ACID de donner de la visibilité à de nouveaux talents et facilite la sortie de leurs films en salles.