Pourquoi Filmez-vous ?

« Luc Moullet avait dit : pour gagner plein de fric, faire de grands voyages et rencontrer plein de nanas. J’ajouterais : pas mieux ! » ...

Antoine Desrosières

« Luc Moullet avait dit : pour gagner plein de fric, faire de grands voyages et rencontrer plein de nanas. J’ajouterais : pas mieux ! »

Carine May & Hakim Zouhani

« Ce qu’aimer veut dire…

Dans les Cités de la plaine, Depuis qu’Otar est parti, c’est Le pays à l’envers. Ali Zaoua a La Haine, mais a quand même accepté de prendre sa vie À bras le corps et de faire Le grand voyage, pour ne pas finir Éboueur sur l’échafaud.

Ici, tous les enfants sont des Cœurs verts qui courent sur La route, ou roulent en BM du Seigneur à travers Le dernier maquis. Tout ça pour Faire kiffer les anges, et leur dérober un morceau de leur Vie rêvée… Des trous dans la tête, ils regardent passer Les vieux chats qui copulent en Noces éphémères et attendent que La mer monte. Ils prennent parfois un Thé au harem d’Archimède. Leur Parrain pense que ce sont des Affranchis qui vibrent aux 400 coups de leur existence. Et qui goûtent enfin à l’Ecume des jours. Les enfants de la Rue des cités ont La vie devant eux et ne demandent qu’à Vivre au paradis.

Ce sont eux, Les géants, qui marchent en bande, À bout de souffle, tels des Nageurs en plein ciel. Cueillant des Fleurs du mal au passage, dans leur Cité de verre, Intouchables ils resteront entre les Portes de la nuit. »

Valérie Minetto

« Parce que le cinéma est le lieu où se mêlent le temps, la pensée et le corps dans un même mouvement. Parce que c’est le lieu d’où je peux regarder le monde et le trouver supportable. Parce que c’est un sport de combat et que j’ai l’âme sportive et combative. »

F.J Ossang

« Pour ne pas mourir... »

Eric Pittard

« Pourquoi, je filme le réel ?

Parce que le monde m’ennuie. Les gens m’ennuient. Ils mentent. Ils se bagarrent sans cesse, ne sont jamais contents. Alors, pour ne pas devenir misanthrope, misogyne, raciste, replié sur soi-même, cynique, pédagogique, informateur, triste ou esthète, j’y vais. Je vais voir l’autre, histoire de me dire que j’en suis de ce monde, que j’en suis pleinement.

Filmer le réel a à voir avec l’improvisation. La caméra, le magnétophone sont des instruments. On pousse une note, une attaque, ça répond, ça s’écoute, ça rajoute, ça peine et ça rigole, ça mélancolise et ça colère. On se perd pour mieux se retrouver ensemble. Ça jazze à l’état pur. Alors, filmer le réel, c’est tenter de créer quelque chose d’inutile et d’indispensable. C’est tout ce que les potentats n’aiment pas. Eux, ils veulent de l’utile et du dispensable. Me confronter au réel et à son désordre, le filmer, en jouer, en faire un spectacle, c’est une jolie façon, je l’espère, de faire mon travail et d’exister avec les autres. »

Alain Raoust

« En mai 1987, le journal Libération publiait un hors-série intitulé : Pourquoi filmez vous ? 700 cinéastes du monde entier répondent. Je me souviens avoir été très étonné de ne pas figurer parmi cette longue liste d’homme à la caméra (tel était le titre de l’édito signé par Serge Daney et Louis Skorecki ).

Normal, j’étais âgé de vingt et un et n’avais, à mon actif, que quelques films super 8 inconnus de tous… Pourtant, j’aurais pu répondre avec assurance à la question. Être aussi précis que Jean Painlevé (12 colonnes), aussi bref que Bresson (1 préposition, 1 verbe), ou sarcastique comme Luc Moullet (3 raisons fantasmées). Ou bien encore punk comme Pierre Clementi, dont j’allais bientôt croiser la route. Je me souviens avoir dévoré ce supplément, et être perdu, quand, à la suite d’une malencontreuse inondation, j’ai dû renoncer à le consulter quasi quotidiennement.

Aujourd’hui, j’ai fait et je fais des films (pas assez à mon goût), et c’est étrange, je ne sais plus répondre à cette question, du moins avec l’assurance d’hier. Je vois vaguement comment je filme, je veux dire comment je dois m’organiser. Faire le plus confiance à mes intuitions, à mon instinct. Et cela dès la première ligne du scénario, voire en amont de cette étape. Mais je ne sais plus pourquoi je filme. Ce pourquoi, il s’est tellement confondu avec mon existence que je ne me pose plus la question.

Se pose-t-on la question de savoir pourquoi on respire au moment où on inspire ? Certains diront oui, justement, pour trouver son propre souffle cette réflexion est nécessaire. D’autres répondront, impossible de se poser la question du pourquoi à chaque respiration, au risque de ne plus respirer. Et puis certains, plus méthodiques, veilleront à analyser la question : "Le pourquoi ? Pour vivre (la réponse de Bresson, en deux mots, à la question de Libération). Le comment ? Ça, c’est plus compliqué à dire…

Au fond, si je filme c’est parce que le cinéma est ce qui rend la vie plus intéressant que le cinéma. Il y a sans doute des tas d’autres raisons mais c’est celle-là, pour reprendre la belle formule de Robert Filliou au sujet de l’art, qui est la plus proche de moi aujourd’hui.

Demain, si j’arrive jusque-là, je répondrais : si j’ai filmé c’était pour ne pas mourir en lâche, pour témoigner de ce que j’aimais et défendais. Mais demain, c’est dans longtemps.

Pour l’heure je filme. Ce qui peut se résumer de la sorte : je ressens et pense le monde qui m’entoure, je cherche à la matérialiser, à le rendre palpable, à faire de l’autre un point de rencontre, à trouver ce qui brûle dans un plan. Et la plupart du temps tout cela se passe sans caméra… »

Charlotte Silvera

« « Le poète fait ce qu’il peut et non ce qu’il veut. Le tout est qu’il ait quelque chose à dire car la poésie doit - étant le premier des arts - porter sens plus que les autres arts. Et pour porter sens, il faut que le poète soit sincère. Je ne crois pas qu’on puisse me citer un seul poète qui ait menti. » Paul Eluard.

Certes, nous autres cinéastes sommes à la fois dans l’art et l’industrie mais notre position égale celle du poète. »

François Zabaleta

« Pour courir plus vite que le doute.

Pour tenter de retrouver la grâce perdue.

Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente.

Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre.

Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut.

Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »

Robert Guédiguian

« Pour changer le monde... »

Stéphane Arnoux

« Filmer pour fixer un bout de temps présent en images, en paroles, dans la musique des sons qui vibrent avec nous. Pour résister d’abord, parce que c’est créer et que créer c’est résister comme disaient ceux qui pensaient les temps futurs à la pire époque. Pour révéler ou conjurer l’époque dans laquelle on a été jeté, en mettant entre nous et les autres cette machine qui capture le vivant pour l’éternité. Pour attendre le cadre qui subitement raconte mieux que mille mots ce qui se joue entre nous, et qui fait sens dans le choc avec le cadre suivant. Filmer pour traduire ce qui se trame au présent, pour ceux d’après. »

Marion Lary

« Comment répondre à cette question brutale et dérangeante ? Une question qui est celle de toute une vie. Une question que chaque âge saisit à sa manière. À vingt ans, j’avais un message à délivrer, filmer c’était changer le monde… maintenant je dirais plutôt le comprendre, construire un territoire commun avec les gens, parcourir un chemin et y travailler ensemble, se rapprocher très intimement puis s’éloigner à nouveau.
C’est aussi démultiplier l’existence, vivre autrement, différemment, vivre plusieurs vies ; aiguiser sa pensée pour trouver le plan juste, la bonne place de la caméra, le cadre qui rendra au mieux la fulgurance et le désir de filmer un geste, une émotion, des corps, l’un ou l’une, une lumière, un paysage…
C’est être au plus près de soi, au clair avec son désir.
C’est traquer le romanesque de la vie »

Philippe Fernandez

Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux.

Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films.

Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent.

Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable.

Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.

Présentation

L’ACID, Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, est une association de cinéastes qui depuis 22 ans soutient la diffusion en salles de films indépendants et œuvre à la rencontre entre ces films, leurs auteurs et le public.

La force du travail de l’ACID repose sur son idée fondatrice : le soutien par des cinéastes de films d’autres cinéastes, français ou étrangers.

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