Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Cahiers du cinéma.
Un article de Thierry Méranger.
Thierry Méranger, Les Cahiers du Cinéma
En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes.
L’ACID a tenu toutes ses promesses. Au point de transformer ce qui n’était jusqu’ici pour beaucoup - et à tort - qu’un off fauché du festival de Cannes en sélection parallèle dont la programmation audacieuse révèle un travail de fond irréductible aux effets de vitrine. L’existence de l’ACID - l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion - repose depuis dix-huit ans sur le principe original d’une association fondée par des cinéastes pour des cinéastes. Vingt à trente films sont cooptés chaque année par la trentaine de réalisateurs engagés au sein de l’association. Parmi eux, des figures aussi diverses que Gilles Porte, Aurélia Georges ou Claude Duty.
L’aide apportée concerne d’abord la promotion et la distribution des films ; elle s’appuie sur un réseau de salles, de festivals - et même de spectateurs - alliés et indépendants. Au fil des ans, la liste des cinéastes ainsi soutenus est devenue impressionnante et les bonnes pioches nombreuses, de Serge Bozon à Apichatpong Weerasethakul, accompagnés à leurs débuts.
Sur les neuf séances cannoises de 2010, trois beaux films repérés par les Cahiers sortent en salles cet automne : Entre nos mains de Mariana Otero, Fix ME de Raed Andoni et La Vie au ranch de Sophie Letourneur. D’autres titres vont suivre, comme Robert Mitchum est mort d’Olivier Babinet et Fred Kinh (février) ou Poursuite de Marina Déak (mars). L’ACID aide ainsi les films économiquement fragiles à trouver des distributeurs en France. « Si deux films sont aimés à égalité, priorité à celui qui n’a pas de distributeur » affirme Fabienne Hanclot, déléguée générale de l’association. De fait, alors que sept titres sur neuf n’avaient pas de distributeur avant leur projection au bout de la croisette, un seul est aujourd’hui en panne de distributeur...
Cas particulier, plus exemplaire encore, l’enthousiasmant Donoma de Djinn Carrénard. Autoproduit, le film dynamite le ronron des oeuvres chorales et reflète, dans sa souplesse inventive, l’entreprise participative qui lui a donné naissance. Le budget initial de Fleurs du mal, autre premier long métrage signé David Dusa, était lui aussi quasi inexistant. Il a malgré tout permis le tournage d’un film frêle et touchant qui, sur fond de chaos iranien aperçu via Youtube, esquisse une histoire d’amour iradiée par le jeune visage d’Alice Belaïdi.
« L’ACID ne cherche pas spécialement à encourager ces modes de production, mais tous nos films témoignent de l’urgence de filmer d’une génération où chacun se pose les mêmes questions et a des façons de travailler assez semblables », poursuit Fabienne Hanclot. Il apparaît de plus en plus clairement que l’ACID offre à de nombreux jeunes réalisateurs et réalisatrices (car la parité relève de l’évidence dans l’association) un soutien adapté à la réalité de la création cinématographique telle qu’elle se pratique en 2010. Accueil de films sur support Beta-Num, diffusion hors des circuits habituels, priorité accordée aux villes moyennes, propositions de textes d’accompagnement téléchargeables par les exploitants... le dispositif en place peut se prévaloir d’une expertise indéniable. « La crise, ça fait quinze ans qu’on la connaît », rappelle opportunément la déléguée générale.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma