Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Le Monde. Un article de Clarisse Fabre.
LEMONDE | 21.06.11 | 12h46
Harry Potter et les Reliques de la mort (2e partie), qui sort le 13 juillet en salles, sera le dernier de la saga, car il raconte les ultimes aventures du héros à lunettes. Ce parfum particulier a décidé la Warner à mettre en place le 12 juillet une projection en avant-première en 3D, au Palais omnisports de Paris-Bercy, ouverte aux 8 000 premiers acheteurs de billets. Mais cette initiative n’en finit pas de produire ses effets collatéraux. C’est la première fois, reconnaît-on chez Warner, qu’une avant-première n’a pas lieu dans une salle de cinéma, mais dans une salle de spectacle. Ce choix est lourd de conséquences pour la filière du cinéma. Et aussi pour le portefeuille des spectateurs.
Mises en vente le 11 mai, au tarif de 25 euros, « lunettes collector » comprises, les 8 000 places ont été vite écoulées. Désormais, les entrées se négocient aux enchères sur Internet. Des petits malins ont acheté des tickets qu’ils s’empressent de revendre : 54 euros la place, 91 les deux, voire 149 euros, pouvait-on voir sur eBay, lundi 20 juin. Cent quarante-neuf ? ! L’internaute justifie son offre au motif que l’équipe du film sera présente à Bercy. Mais personne chez Warner ne peut dire qui sera là : « C’est en cours de discussion. » Ne souhaitant pas faire « davantage de commentaire », le distributeur se défend : « Ce n’est pas nous qui avons mis en place ces enchères ! » Certes, mais la major a créé les conditions pour générer cette pratique, jusque-là réservée aux concerts de stars.
Les professionnels du cinéma sont furieux. Non seulement cette avant-première va priver des salles parisiennes et franciliennes de recettes, mais ces dernières vont échapper à la taxe qui est prélevée sur chaque entrée dans une salle de cinéma. La TSA, taxe spéciale additionnelle, s’élève à 10,72 % du prix du billet et alimente le compte de soutien du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Les projections hors salles ne sont pas réglementées. Aussi, l’ARP, société qui rassemble des auteurs, réalisateurs et producteurs de films, mais aussi la SRF (Société des réalisateurs de films) et l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) demandent aux pouvoirs publics d’intervenir pour qu’à l’avenir ces séances hors salles ne passent plus entre les mailles du filet. Réponse du CNC : « Nous allons réunir rapidement les professionnels, afin de faire évoluer la réglementation, pour que la taxe sur le billet de cinéma qui abonde le fonds de soutien du CNC puisse être acquittée... »
Clarisse Fabre
Article paru dans l’édition du 22.06.11
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma