Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Studio Ciné Live.
Un article de Xavier Leherpeur.
Lire la fiche du film : 108 (Cuchillo de palo) .
StudioCiné Live
Lasse de la chape de silence ayant toujours entouré, au sein de sa famille, la disparition de son oncle, un danseur de cabaret dont le cadavre avait été retrouvé en pleine rue de nombreuses années auparavant, la réalisatrice essaie de découvrir ce qui s’est passé. Elle affronte le refus ambigu de son père d’évoquer cette époque. Mais sa quête d’une vérité mémorielle va aussi croiser celle de son pays. En effet, le frère de son père fut l’un des cent huit homosexuels qui, dans les années 80, figurèrent sur une liste du même nom et furent arrêtés par la dictature récemment instaurée au Paraguay par le général Stroessner. C’est à cause de son orientation sexuelle que le jeune homme fut séquestré, torturé puis abattu. Ainsi que pour d’autres raisons obscures... Ce film bouleversant est à la fois l’évocation tragique d’un indésirable, d’un numéro (aujourd’hui encore, le chiffre 108 est synonyme d’infamie, au point qu’il existe rarement une chambre 108 dans certains hôtels) et des pires heures d’un régime autocrate et homophobe. Un documentaire - en forme de journal intime catharsis et exutoire - où la jeune réalisatrice évite tous les pièges possibles de l’oeuvre militante ou du règlement de comptes. Sa distance vis-à-vis des événements, qu’ils soient historiques, familiaux ou intimes, est toujours la bonne, portée par un réel sens de la mise en scène, du cadre et de la durée de plan. Autant de qualités qui attestent d’un talent et d’une acuité dont il est permis de penser qu’ils seront prometteurs lorsqu’elle passera à la fiction.
Xavier Leherpeur
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma