Béton de bergers

Publié le 6 février 2013

Trois ânes, huit cents moutons, quatre chiens, un homme et une femme, telle est l’équation d’Hiver nomade, documentaire qui se met au pas d’une transhumance hivernale à travers une Suisse domestiquée. Bol d’air frais et tendres gigots garantis. Si la liberté se définit par la longueur de la corde que l’on s’autorise, alors Pascal et Carole ont un sacré mou. Pendant quatre mois, ce couple de bergers goûte à la liberté, sous la forme d’une transhumance hivernale. Sous la pluie, la neige, le vent, il guide des centaines de moutons sur 600 km. Chaque soir, il faudra déployer le bivouac : préparer un feu, sortir les peaux de bête pour se faire un nid. Chaque matin, un nouveau paysage viendra récompenser l’équipée. Chaque jour, il faudra marcher, commander les chiens, soigner les bêtes et leur trouver de quoi manger. Ce voyage sera le dernier avant l’abattoir.



Chaque année depuis plus de trente ans, Pascal, 54 ans, mène des centaines de moutons à travers plaines et vallons, champs et routes de campagne, lotissements fraîchement sortis de terre ou autoroutes. Originaire de Quimper, Carole, 28 ans, a tout quitté pour se joindre à l’aventure. Carole, dont c’est l’une des premières transhumances, est aussi fière et forte que Pascal est tendre et bourru. Le couple partage de longs silences et tisse des liens invisibles. Dans leur solitude choisie, Pascal et Carole ont rendez-vous avec les fidèles : la vieille dame et son fils qui offrent le couvert chaque année, et les amis qui viennent partager une fondue à la belle étoile.



Assommé par le bruit de l’autoroute, empêché par les zones pavillonnaires (« Disneyland », peste Carole), le troupeau n’a plus sa place. Par petites touches, on comprend que le guidage des moutons le long des routes exige une grande précision ; que les hommes de la ville grignotent inexorablement le territoire ; que, d’une année sur l’autre, rien ne garantit le passage tant les constructions colonisent tout. Et quand ce ne sont pas les maisons, ce sont les agriculteurs qui interdisent le passage.



Au fil des kilomètres, le spectateur se cale sur le rythme de la marche, écoute les silences, savoure l’accomplissement d’une journée. Le troupeau s’amenuise. Avec la régularité d’un métronome, le propriétaire vient prélever la commande des bouchers du coin. Ignorant leur destin, les bêtes embarquent dans la remorque, délestant d’autant la charge des bergers. On ne sait qu’une chose : tout cela recommencera l’année prochaine.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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