Bi, n’aie pas peur !

Publié le 31 janvier 2012

Film de culte. Un article de Nicolas Bardot.

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Dans une ancienne maison de Hanoi, Bi, un enfant de 6 ans vit avec ses parents, sa tante et leur cuisinière. Ses terrains de jeu préférés sont une fabrique de glace et les grandes herbes au bord de la rivière. Après des années d’absence, son grand-père, gravement malade, réapparait et s’installe chez eux. Alors que Bi établit peu à peu une relation avec lui, le père de Bi cherche à éviter son propre père et fuit le foyer. Chaque soir, il s’enivre et va voir une masseuse pour laquelle il éprouve un très fort désir. La mère de Bi ferme les yeux. La tante, toujours célibataire, croise dans le bus un jeune homme de 16 ans. L’attraction qu’elle ressent pour lui la bouleverse.

L’EAU, L’AIR, LA VIE

« Une nuit d’été, il y a presque 17 ans, chez moi, les yeux rivés au petit écran en noir et blanc, je suivais la cérémonie de clôture du Festival de Cannes. L’image d’un jeune Vietnamien [Tran Anh Hung, ndlr] recevant la Caméra d’or a déclenché une très vive émotion chez le jeune homme que j’étais. J’ai décidé sur le coup d’opter pour le cinéma alors que je m’apprêtais à devenir écrivain... ». Pour son premier long métrage, c’est maintenant Phan Dang Di, l’auteur de ces mots, qui est à son tour candidat à la Caméra d’or, avec ce Bi, dung so ! (Bi, n’aie pas peur !) présenté à la Semaine de la critique. Langueur et exotisme : le film donne d’abord l’impression de n’être qu’un joli objet world, chronique familiale alanguie dans un Hanoi assommé par la chaleur. Le quotidien vu par les yeux de Bi, jeune garçon intrigué par la moindre feuille, se baladant dans une maison de la vieille ville parsemée de ventilateurs, vadrouillant à l’occasion dans les hautes et mystérieuses herbes. Le réalisateur soigne son atmosphère et, peu à peu, trouble l’eau d’abord si claire, en lorgnant du côté de Tsai Ming Liang et de ses récits elliptiques et sexués (jusqu’à le citer, inconsciemment ou non, lors d’une scène où des crabes en ombres chinoises rappellent La Saveur de la pastèque).

Des hommes à différents moments de leur vie - l’initiation d’un garçonnet, l’errance d’un patriarche alcoolique, l’agonie du grand-père muet. Et des femmes, essentielles, qui répondent aux questions du premier, ferment les yeux sur les affres du second, soignent le dernier. Dans le labyrinthe de l’existence, Phan Dang Di privilégie la suggestion, parfois l’étrange, où rien n’est prétexte de mélodrame. Véritable leitmotiv du film : par l’eau, les glaçons, quelques bulles, on apaise la douleur, dissipe l’alcool, calme les ardeurs, momentanément certes car rien, ici, n’est éternel. Beau film de désirs et d’amertume, Bi, n’aie pas peur révèle un cinéaste venu d’une nation qui jusqu’ici en était plutôt avare.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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