Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Ecran noir.fr.
Un article de MpM.
Lire la fiche du film : Bi, n’aie pas peur !.
Succession de sensations. Moiteur. Froid intense. Désir. Tristesse. Amertume. Pour entrer dans ce premier film du Vietnamien Phan Dang Di, il faut se dépouiller des exigences rationnelles de l’esprit pour se laisser simplement porter par ses sens. Peu importe ce qui meut les personnages, et pourquoi ils agissent de telle ou telle manière, seuls comptent leurs actes, les relations ténues qu’ils tissent entre eux, l’atmosphère générale dans laquelle ils évoluent. Le réalisateur joue ainsi sur les associations d’images (comme on parle d’associations d’idées), les scènes en écho ou en miroir, les contrastes : il passe d’un regard (intense) à une scène d’amour crue, puis d’un corps à un autre. Saisissant sens de l’ellipse.
Cette manière de suggérer, de rester dans l’implicite, parfois l’inexpliqué, apporte au récit poésie et sensualité, mais aussi délicatesse car à aucun moment le film ne bascule dans le drame, et rien de spectaculaire n’a jamais lieu. On est simplement dans le quotidien, fragile et tendu, souvent sur le point de basculer (c’est en tout-cas ce que suggère le travail sur le son, qui rend le brouhaha angoissant et les voix lointaines) mais ne succombant jamais.
Il y a de quoi se perdre - avec bonheur - dans ce labyrinthe sensoriel (et sensuel) où les femmes ont le beau rôle. Plus fortes et plus volontaires, ce sont elles qui s’occupent des hommes. Les soignent, les protègent, leur pardonnent. Moins soumises qu’inconditionnellement aimantes. Les personnages masculins sont eux plus bravaches et finalement plus fragiles. Représentants de trois générations distinctes, ils ont en commun un immense besoin de leurs alter egos féminins. De leur regard, de leurs bras, de leur corps, ou tout simplement de leur présence.
Les femmes du film sont ainsi comme ces bulles de savon qui s’envolent vers le ciel : libres et fières. Mais aussi tour à tour eau ruisselante et glace fondante. Autant d’éléments symboliques qui reviennent sous différentes formes dans le film et procurent réconfort et soulagement autour d’elles. Comme un hommage discret rendu aux femmes de toutes conditions qui luttent à leur manière pour apporter poésie et légèreté dans un quotidien en demi-teinte.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma