Bovines

Publié le 21 février 2012

Les Fiches du Cinéma.

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Un étonnant documentaire, contemplatif et poétique, sur le destin des vaches, filmées ici au plus près de leur humanité et dans la splendeur de la nature. Un travail sensible dont chaque plan n’est pas sans évoquer un chef d’oeuvre à la Corot.

Emmanuel Gras, jeune et heureux réalisateur de ce véritable conte philosophique bovin, filme avec une élégance, une intensité et une tendresse ces énormes ruminants aux yeux si doux, frangés de longs cils blancs, dont le regard, aussi las qu’introspectif, semble voir au-delà des apparences et des approximations humaines. Sélectionné à l’ACID (manifestation parallèle au festival de Cannes à en 2011, Bovines, documentaire quasi expérimental, résolument dénué de musique et de commentaire (autre que le bruit obstiné et éloquent de mastication des vaches), s’attache aux pas d’un troupeau nourri en plein air, expression d’un choix stratégique de se tenir loin de toute structure d’élevage industriel et ainsi, peut-être aussi, de rendre hommage à une agriculture raisonnée. Ce cheptel, solidaire, massif, majestueux, est suivi au plus près et parfois à hauteur de museau, dans le déroulé bucolique de son quotidien brouter, ruminer, meugler, mettre bas, se réconforter, se réchauffer, faire bloc contre la pluie battante pour attendre, résigné, son arrêt. Dans la splendeur absolue de la nature verdoyante et généreuse, de la terre grasse, ici célébrée, du bocage normand, on les observe, fasciné. Silhouettes pourtant si familières de nos campagnes dont soudain on semble découvrir, par l’intérêt même qui leur est porté, la fascinante singularité, l’évidente sérénité mais aussi la réelle ingéniosité quand l’une d’elles s’évertue, armée de sa langue, à secouer une branche de pommier pour en faire tomber les fruits. Nous sommes projetés, à leur côté dans une expérience sensorielle qui est celle du monde et dont on éprouve la stupéfiante beauté, rendue par des images d’une grande poésie la rosée scintillante sur une toile d’araignée, le frémissement de l’herbe sous le vent, le grondement lointain de l’orage, le clapotis de la pluie qui martèle une flaque d’où émergent, globuleux, intrigués, les yeux narquois d’une jeune grenouille. Autant de plans pour lesquels le réalisateur joue sur une échelle de valeurs et de tailles et dont l’élégance parait renvoyer à des toiles de maîtres, entre Corot, pour le naturalisme délicat des paysages, et Brueghel pour la peinture si sensible de la réalité paysanne. C’est pourtant de cette intervention paysanne que vient au sein de cette paix, la mort, car dans ce décor bucolique se joue une tragédie : les vaches ne disposent pas de leur destin et ne sont qu’un élément de la chaîne alimentaire humaine, ce que vient rappeler obstinément, tout au long de ce beau tête ) tête, l’étiquette numérotée qui orne leurs oreilles. Le troupeau est alors séparé, la moitié promise à l’abattage est hissée sur un camion quand l’autre, restée au pré, accompagne d’un meuglement sidérant, à la fois plaintif, consolateur et prémonitoire, cet arrachement définitif qui nous contraint, nous, humaines, ) nous pencher et à nous interroger sur notre propre rapport au monde et à la vie dans sa bouleversante absurdité.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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