Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Positif.
Un article de Michel Ciment.
Lire la fiche du film : Bovines (Cattle).
Il y a tout lieu à penser que les vaches sont moins fascinées par le passage des trains que les spectateurs regardant se dérouler sur l’écran le superbe premier film d’Emmanuel Gras. Plus radical que Le Cheval de Turin (où Bela Tarr avait flanqué deux être humains à côté de son canasson) mais non moins contemplatif, Bovines observe en un peu plus d’une heure sans voix off et autres explications des vaches qui ruminent, broutent, dorment, se déplacent, défèquent, mettent bas, lèchent, malaxent, meuglent et sucent... des pis de vaches !
Au XVIIème siècle, le peintre hollandais Paulus Potter (moins connu que Harry), n’a quasiment peint que des vaches et, comme ses compatriotes, a su se faire paysagiste pour leur donner un cadre de vie. Emmanuel Gras est son digne successeur, sachant observer l’animal, sa force tranquille, sa nonchalance troublante, mais aussi presque tactilement nous faire sentir la nature (il signe lui-même la superbe photographie), la brume du petit matin, la pluie torrentielle qui tombe, les verts pâturages, la chaleur du soleil. Sa caméra, toujours à hauteur de vache, nous faire partager la vie de ces bovins sans recourir au moindre pathétique (elles ne finiront pas, dans le film, à l’abattoir) ni, bien sûr, au si redoutable anthropomorphisme. L’humour n’est pas absent non plus, comme cette poche en plastique incongrue qui vient batifoler dans le pré. Faire coexister ainsi le burlesque et la beauté, n’est ce pas évoquer Buster Keaton, auteur comme par hasard de Ma vache et moi, épris lui aussi, à l’instar de notre cinéaste, de cadrages et de rythmes.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma