Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Le Monde.
Un article de Sophie Walon.
Lire la fiche du film : Donoma.
22/11/2011
Cent cinquante euros. C’est son budget qui a créé le buzz sur Internet, suscitant déjà, avant sa sortie cette semaine en salles, passions et quolibets. Donoma, le premier long métrage de Djinn Carrénard, a été réalisé sans techniciens, sans subvention, avec une caméra légère et des acteurs bénévoles. Autoproclamé « film-guérilla », ce film générationnel suit de jeunes couples qui se font et se défont. Il se veut le manifeste d’un cinéma par temps de crise, mêlant éthique économique, propos politique et renouveau esthétique...
Djinn Carrénard ne doute de rien, et il a raison. Après des études de philosophie, ce natif d’Haïti a appris les bases de la réalisation « en discutant sur Internet avec des passionnés ». Dès janvier 2009, il commence à travailler sur Donoma : « Je m’étais promis de réaliser mon premier long métrage avant 30 ans et, comme je voulais le faire en toute liberté, j’ai préféré rester hors des circuits habituels, pour ne pas être soumis aux exigences des financiers. Il s’agissait pour moi de garder mon froc et mes convictions pendant toute ma carrière cinématographique. »
Pour cela, il endosse toutes les casquettes, du scénario à la réalisation en passant par la photographie, le son et le montage. « Je me suis fait prêter le plus de matériel possible et, ce que je n’ai pas pu emprunter, je m’en suis passé. »
Parallèlement au tournage, qui durera de juin à septembre, il élabore une stratégie avec son équipe d’acteurs : « Personne ne nous connaissait, donc personne n’attendait notre film. Il fallait que ça change. On a alors conjugué un dispositif Web (site, blog, page fan sur Facebook) et un tour de France en bus pour intriguer les gens et capter l’attention des cinémas locaux. » Dès octobre 2009, le film est projeté dans plusieurs villes. Menant une expérience originale de cinéma participatif, Djinn Carrénard interroge les spectateurs à la sortie : « Je leur demandais surtout ce qui ne leur avait pas plu, pour qu’ils m’aident à repenser le montage. »
Film hors normes
La méthode semble fructueuse puisque, en mars l’équipe apprend la sélection du film à Cannes (dans la section ACID). « L’engouement était vif. Pourtant, aucun distributeur n’a pris le risque de porter ce film hors normes, d’autant plus que je refusais de me plier à toute exigence d’ordre économique, ce qui aurait supposé, notamment, de raccourcir le film. » Djinn Carrénard déclinera même l’offre faite par Luc Besson de distribuer le film...
« Cette volonté farouche d’indigence m’a en fait offert le luxe de ne pas être soumis à des impératifs de rentabilité. » Cette liberté se retrouve tout au long du film : longs plans-séquences, bavardages improvisés dont un dans le noir total (rythmé par le minuteur dans une cage d’escalier), intrigues qui s’ébauchent sans forcément se résoudre...
Djinn Carrénard, lui, est heureux de voir son film sortir en salles et compte sur un bouche-à-oreille qui jusqu’ici lui a souri. « Je serais déçu si le film faisait moins de 100 000 entrées. »
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma