DONOMA (le jour est là)

Publié le 6 octobre 2011

Utopia.

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C’est l’histoire free-style de la relation conflictuelle entre une prof d’espagnol en LEP et un cancre blessé, qui croise la rencontre muette d’une photographe triste et d’un inconnu, qui s’insinue dans l’expérience mystique qu’une jeune fille pas du tout croyante tente de partager avec un fidèle – mais ce n’est pas sans lien avec le lycéen et la prof… Ils s’appellent Analia et Dacio, Dacio et Salma, Salma et Dama, Dama et Chris, Raïné et Salma. Ils sont jeunes, de tous les milieux, aux prises avec des problèmes d’adultes, en quête d’aide, de contact, de réponses… Il y a beaucoup d’ombres, beaucoup de nuits dans ces questions, mais Donoma nous le dit en langage sioux : le jour est là.

Des films tournés à l’arraché, avec deux euros en poche, une passion dévorante et vingt mètres de pellicule dans le magasin de la caméra, on en a vu défiler quelques uns. Pas tous ratés. Rarement suffisamment « géniaux » pour même trouver le chemin des vrais cinémas aux beaux jours. C’est vous dire que ce Donoma, avec son drôle de titre et sa longue durée, on y allait on ne peut plus prudemment. De fait, 2h15 plus tard, au contact revigorant d’Analia, Dacio, Dama, Chris, Raïné et Salma, après avoir accompagné leurs trajectoires à la fois étroitement enchevêtrées et incroyablement fluides et claires, notre scepticisme avait volé en éclat.

Pas que Donoma se veuille d’une violente originalité : des histoires simples d’amour, d’attirance, de doute, d’expérience, de désir, d’incompréhension – et trois beaux portraits de femmes autour desquelles se nouent trois intrigues qui vont les faire se croiser, s’entrapercevoir, si loin, si proches… Un pur « film choral », mais la différence essentiel, c’est qu’il fut choral dès la conception et le tournage : chacun a été tout à la fois acteur, co-producteur, assistant caméra, costumier, maquilleur, co-auteur du film. Difficile de ne pas ressentir la tension à fleur de peau, de déterminer la part d’écriture et la part d’improvisation des comédiens. Embarqués dans la « production-guérilla », sans fric, sans piston, hors de tout circuit, en liberté totale, ils se sont collectivement laissés aller à donner, comme rarement au cinéma. Et en retour le film leur rend justice : à des années-lumière de toute caricature, chaque rencontre, chaque situation est filmée avec une attention soutenue, avec respect. Et surtout, comme dans la vie, ne donne lieu à aucune conclusion, aucun jugement.

Tourné en un rien de temps avec trois bout de ficelle, pas mal d’ingéniosité, un culot infernal et surtout beaucoup d’idées, Donoma, le jour qui se lève pour les enfants grandis trop vite dont il raconte les destins douloureux, est aussi l’aube d’un cinéma français, vif, frais, et surtout bourré de talent.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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