Donoma, un premier film drôle, vif, subtil

Publié le 15 novembre 2011

Notre Cinéma. Un article de Pascal Le Duff.

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14/05/2010

Ce premier film réalisé par Djinn Carrénard a fait l’ouverture à Cannes de la sélection de films défendus par l’ACID. Un film tourné avec une économie de moyens, sans budget et pourtant à l’écran, cela ne se voit pas du tout. Une oeuvre drôle, osée, avec un sens du rythme remarquable, un cadre qui ne souffre jamais de la caméra mouvante, qui bouge dans des espaces parfois très réduits sans que cela devienne oppressant. La caméra est très proche de ses acteurs, épouse leurs contours et laisse deviner qui ils sont. Un film autour du contact, humain et physique, sensuel, mais avec pudeur. Entre plans-séquence et coupes de montage discrètes, le réalisateur et scénariste aux multiples talents ( il est aussi un comédien sensible, le monteur et s’est occupé du cadre, de l’image au grain proche de certaines photos, et du son ), le film donne une sensation de mouvement ininterrompu, aussi bien dans les scènes très dialoguées que dans les silences.

Les comédiens, tous inconnus, sont attachants et montrent la complexité de leurs personnages, pétris de contradictions, allant d’un sentiment à un autre. On croit deviner ce qui va se passer et tout à coup, un retournement vient nous surprendre. Une scène repose sur une impression de mystère ou est proche d’un fantastique sobre et un dialogue déclenche le rire, ou touche. Des discussions autour de la religion mêlent profondeurs des interrogations et un humour teinté d’absurde qui dédramatise ces interrogations sans les moquer.

Une belle écriture, partagée par son auteur-réalisateur qui a écrit certaines scènes et dialogues en détails, et ses acteurs, qui ont parfois improvisé sur un canevas libre mais avec des passages obligés enrichissant leurs rôles de ce leurs personnalités. Parmi eux, on peut souligner les prestations de Emilia Derou-Bernal et Vincente Perez en professeur d’espagnol et son jeune élève Dacio qui s’affrontent de scènes en scènes, chacun essayant de dominer l’autre et n’y arrivant jamais tout à fait, ou encore de Sékouba Doucouré en jeune homme contraint au silence par une jeune femme photographe et qui sait jouer de son passé mystérieux avant de devenir très très drôle quand son passé et son présent vont s’expliciter.

Le scénario est complexe passant d’une rencontre à une autre, revenant vers la précédente. Un film choral dans le sens le plus noble du terme. Les personnages se croisent parfois au détour d’un plan, et chaque nouvelle séquence enrichit le film, qui fait partie de ces films qui gagneront de la profondeur à chaque vision. Un beau regard sur les sentiments, le couple, les relations entre hommes et femmes, avec parfois un brin de cruauté mais avec beaucoup d’humour.

La musique de Frank Villabela souligne avec douceur les différents aspects de ce voyage où on parle beaucoup et bien. Un plaisir pour les oreilles aussi bien que pour les yeux.

Une réussite, une vraie, qui donne envie de revoir très vite ce jeune homme derrière et devant la caméra. Si ses précédents courts-métrages sont visibles, c’est très tentant, pour comprendre le cheminement artistique de ce nouveau créateur, qui n’a pas encore 30 ans.

DONOMA, le titre signifie « Le Jour est là » en sioux, symbole de ce que représente le film pour lui. Le choix du sioux s’est fait par hasard et rajoute du mystère à un film déjà très riche dans ce domaine.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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