Festival Le Printemps arabe fait son cinéma

Publié le 24 janvier 2012

Témoignage chrétien . Un article de Agnès Noël.

Lire la fiche du film : Tahrir, Place de la Libération.

Les révoltes populaires des pays arabes inspirent les cinéastes. Les œuvres commencent à se multiplier.

L’année dernière, le Printemps arabe faisait souffler un vent nouveau en Tunisie et en Égypte. Un événement de cette taille ne pouvait qu’inspirer les cineastes. Cette année, ce sont donc les films autour des révolutions maghrébines qui arrivent sur nos écrans. Après la sortie le 18 janvier du film Le Printemps de Téhéran sur la vague verte de 2009, le réalisateur Stefano Savona sort le 25 Tahrir, place de la libération. Une semaine plus tard, les Journées cinématographiques dionysiennes de l’écran de Saint-Denis vont consacrer leur édition de cette année aux révolutions (en général) et projeter nombre de documentaires syriens, tunisiens et égyptiens.
Le documentaire de Stefano Savona, auteur remarqué de plusieurs documentaires comme Carnets d’un combattant kurde (2006) est l’un des plus intéressants. Le réalisateur italien a débarqué place Tahrir le 29 janvier, quelques jours après le début des manifestations. Il a suivi quelques jeunes gens, Elsayed, Noha, Ahmed jusquau départ de Moubarak. On les découvre un peu hésitants au début pour se révéler beaucoup plus affirmés, ayant mûri dans leurs revendications et leur organisation, au fur et à mesure du film. Stefano Savona a su capter les itinéraires personnels des uns et des autres, leurs aspirations, leurs peurs (dont certaines ont été confirmées par la suite des événements). Leur diversité aussi. Car à Tahrir, se mêlent toutes les origines géographiques et sociales, du jeune homme ne quittant pas son keffieh à l’étudiante en gros pull sage et niqab. Un des protagonistes le résume en décrivant leur petit groupe : « Ici nous avons un citadin, un campagnard et un bédouin !  » Le film a su restituer aussi l’animation de la place, son foisonnement culturel, l’immense vitalité qui s’en dégage surtout.

Pour élargir le propos du 1er au 7 février, le festival de Saint-Denis retracera cent ans de révolutions sur grand écran, en réfléchissant sur la manière dont les cinéastes ont traité ce sujet, y compris durant les derniers mois. Outre un hommage au réalisateur argentin Fernando E. Solanas, dont on présentera le film L’heure des brasiers (1968) et deux documentaires inédits sur la crise argentine, auront lieu des rencontres avec différents réalisateurs comme Olivier Assayas (Carlos), William Klein (Mai 1968), ou la syrienne Maia Alabdalla. L’actualité sera évidemment dominée par le Maghreb, avec une table ronde sur le Printemps arabe, « Le 89 arabe », avec Edwy Plenel, Benjamin Stora, Noun Bouzid et Thomas Heise. Une autre table ronde, « Les révolutions arabes, et après ? » se tiendra après la projection de courts et longs métrages tunisiens, syriens et égyptiens, en présence des réalisateurs. Sera ainsi présenté un long métrage égyptien The Good, the Bad and the Politician de Tamer Ezzat, Ayten Amin, et Amr Salama, qui se décrit comme le premier grand documentaire post-révolution. Ce premier film met en scène le peuple (the Good) à travers différents portraits de manifestants, la police (the Bad) et l’ancien dictateur (the Politician). Outre son attrait documentaire, le film analyse avec pertinence et humour la main-mise de la police et du système politique en place sous le régime Moubarak. Des courts métrages syriens du collectif Abounaddara, qui prônent « le cinéma pour célébrer notre humanité à la barbe de la barbarie  » et qui valent peut-être davantage pour leur valeur documentaire qu’artistique, figurent également au programme. Bref, les hymnes de la place Tahrir et de la rue tunisienne n’ont pas fini de résonner, y compris sur nos écrans.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion | réalisation site : quidam.fr