Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Le Blog Phil Siné.
Un article de Olivier Granjon.
Lire la fiche du film : Fleurs du Mal.
Malgré la faiblesse visible de son budget, Fleurs du mal sait imposer un style bien à lui et une dynamique moderne et décalée. Il faut dire que David Dusa, son réalisateur, sait tirer un parti profitable des nouveaux modes de communications, ceux de la jeunesse contemporaine, qui semblent inonder et nourrir son film… L’histoire d’amour (ou du moins d’affection) qui se noue entre Gecko et Anahita, les deux personnages du film, se construit peu à peu en « connexion » avec les technologies modernes (téléphone portable, smartphone…) et surtout le monde virtuel d’internet (réseaux sociaux, vidéos Youtube…)
Une vraie énergie circule ainsi dans ce premier long métrage plein de promesses et d’originalité, par celui qui fut l’assistant réalisateur d’Andrew Kötting sur un film qui proposait lui aussi son propre langage : « Ivul ». Le monde tourne autour de ces deux jeunes gens pour qui l’on se prend volontiers d’affection : il les dépasse complètement et ceux-ci ne savent jamais vraiment comment se situer par rapport à lui… Chacun doit composer avec ses souffrances : la solitude pour Gecko, le déracinement pour Anahita, qui a fuit l’Iran en train de se révolter… Loin de sa famille, elle tente de garder le contact via le web, mais si la toile est composée de nombreux fils, ceux-ci demeurent extrêmement fragiles, et l’angoisse et l’inquiétude s’élèvent parfois devant le silence de l’autre bout du monde…
Plastiquement, le film est d’une richesse passionnante. Il efface notamment la frontière entre fiction et documentaire lorsque de véritables vidéos de manifestations iraniennes recouvrent l’écran, montrant Anahita en train de scruter les gens de son entourage qu’elle pourrait y reconnaître. Cette obsession d’observer son pays à distance l’empêche au fond d’être là où elle est et de vivre pour de bon son histoire avec Gecko… Une histoire qui se fait pourtant joliment romantique quand elle s’oublie ou quand elle lui offre une édition des Fleurs du mal de Baudelaire, laissant celui-ci s’imprégner du langage universel de la poésie… Il y adhère doucement, même si pour lui la poésie naît d’abord de son corps, à travers ses mouvements de danse, qu’il partage en vidéo sur son compte Youtube et qu’il semble ne pas pouvoir s’empêcher de réaliser au gré de ses pérégrinations urbaines… Le film se fait joliment atmosphérique quand on le voit se déplacer, errer ici et là, se perdre avec Anahita, et puis se retrouver…
Porté par deux jeunes acteurs sensibles (Rachid Youcef et Alice Belaïdi), Fleurs du mal est une belle réussite, modeste mais combative, qui porte un regard rafraîchissant et curieux sur la « génération internet ». Le film interroge aussi le pouvoir des images et l’influence des nouveaux médias sur les comportements et sur l’utilisation qu’on en fait : un palpitant questionnement sur l’avenir du monde à travers le regard de sa jeunesse, en somme…
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma