Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Télérama.
Un article de Aurélien Ferenczi.
« Depuis La Rencontre, en 1996, les films d’Alain Cavalier sont singuliers : ils tiennent à la fois du journal intime et du cinéma épistolaire. Ils ressemblent à des lettres adressées au spectateur, qui peut reconnaître la voix familière du signataire : timbre empreint de modestie, débit qui hésite ou s’emballe soudain... Cavalier s’est peu à peu détourné du cinéma traditionnel pour tourner seul, en vidéo numérique. Il a organisé sa vie - presque monacale - autour de ce micro-artisanat du filmage quotidien. Mais le chaos du passé n’est jamais loin. Alain Cavalier a retrouvé des carnets du début des années 70. Il y notait le moindre détail de sa vie, d’une écriture fine et précise - qu’on déchiffre à l’écran tandis qu’il nous les lit. « Le danger de ces carnets, dit-il, c’est Irène. » Irène Tunc était la femme qu’il aimait alors, ex-Miss France devenue actrice. Il l’avait filmée à deux reprises (dans Mise à sac et La Chamade), ils s’apprêtaient à tourner ensemble un film ultra-intimiste, l’histoire de leur couple. Mais Irène s’est tuée dans un accident de voiture, en 1972. Le film prend vite la forme d’une évocation de la chère disparue, portrait d’une femme un peu « borderline », dotée d’une énergie terrienne et d’une sérieuse inaptitude au bonheur. Comment la faire réapparaître ? Cavalier rencontre de jeunes actrices, fait une fixette sur Sophie Marceau, dont il a épinglé la photo sur son mur, hésite à l’appeler, renonce. Il revient alors à ce cinéma à la première personne, incandescent et poétique. Méthodiquement, douloureusement, il refait le chemin : chambres d’hôtel qu’ils partagèrent, maisons d’amis, jusqu’à Lyon, la ville où a grandi Irène, où il cherche son regard, dans une toile de Manet. Cette quête est passion, souffrances physiques comprises : crise de goutte, chute dans un escalier mécanique qui le laisse couvert d’hématomes. C’est le prix à payer pour chercher la trace de cette femme. Elle est dans chaque objet sur lequel le cinéaste s’attarde : un édredon sur un lit, des bibelots disposés de façon à évoquer un corps... Cavalier a l’art de sacraliser le réel, même s’il ne saisit que le vide de l’absence. Son film a la force envoûtante et tragique des grands poèmes romantiques qui disent, comme une antienne, la perte d’un être aimé. Il serre intensément le coeur. » Aurélien Ferenczi -Télérama.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma