Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Libération.
Un article de Anne Lec’hvien.
Lire la fiche du film : La Vierge, les Coptes et moi.
Voyage à Zeitoun où se mêlent apparition mariale et nostalgie familiale.
Parmi les bouts de ficelle dont est fait le premier long métrage de Namir Abdel Messeeh, il y a un fil rouge : les apparitions de la Vierge. « Ça révèle des choses sur l’Egypte que je voudrais comprendre », explique-t-il à un chauffeur de taxi du Caire, paralysé par le ramadan… Coiffé d’une inamovible casquette verte, Messeeh se met en scène, devient un personnage en quête de témoignages sur ce phénomène mystique. Il se filme dans les rues de Zeitoun, lieu d’une mémorable apparition mariale qui, en 1968, a rassemblé des centaines de milliers de coptes et de musulmans. Du micro-trottoir maladroit à l’appel à témoins mitigé, cette démarche se délite dans la première moitié du film, très tâtonnante. Non seulement le réalisateur s’éparpille, mais Messeeh se heurte aussi à des résistances sourdes : « De croyances, on ne discute pas », reconnaît-il.
De cet échec initial, dont se plaint le producteur dans des coups de fil excédés, Messeeh tire un autre film. Autour de la Vierge se nouent des questions intimes qui le font basculer. Le cinéaste retourne dans le village de Haute-Egypte où il a grandi avant de venir en France. Il retrouve la famille copte avec laquelle il était brouillé depuis qu’il avait « perdu la foi », une quinzaine d’années plus tôt. Et pour provoquer la parole, éprouver ses limites, il entreprend de reconstituer une apparition fictive de la Vierge dans ce même village. Avec la ponctuation envahissante et comique de sa mère, venue gérer le budget du film après l’abandon du producteur, de très belles scènes se succèdent, tels le casting de la Vierge parmi de jeunes musulmanes, les exercices de théâtre des habitants devenus acteurs ou la projection finale du film sur la place du village.
Messeeh pose des questions et tire en tous sens des fusées éclairantes qui donnent de (trop) fugaces réponses. Réminiscences du nasserisme, rapports à la modernité et à la croyance, fractures de la société égyptienne : il ne privilégie aucune piste, préférant les effleurer toutes avec humour. A la croisée du documentaire et de l’autofiction, entre Lost in La Mancha et Woody Allen, le film fait son chemin, léger, improbable et singulièrement drôle.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma