Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Politis.
Un article de Christophe Kantcheff.
Lire la fiche du film : La Vierge, les Coptes et moi.
L’Acid continue sur sa (bonne) lancée avec la Vierge, les Coptes et moi, premier long métrage de Namir Abdel Messeeh, le film inclassable de la programmation, répertorié « documentaire », autrement dit dans le genre le plus libre qui soit. Je disais hier que Nanni Moretti ne perdrait pas son temps à faire un tour du côté de l’Acid (en fait, il n’est pas totalement débordé, le Nanni, on l’a vu à une projection de la Quinzaine des réalisateurs ; il pourrait donc très bien se rendre à une projection de l’Acid…) Il serait certainement enchanté parla Vierge, les Coptes et moi. Namir Abdel Messeeh, qui est le personnage pivot de son film, a une touche morettienne incontestable. Au moins pour deux raisons : la Vierge, les Coptes et moi est une sorte de « journal intime » existentiel, et le cinéaste carbure à l’autodérision.
Il faut dépasser les craintes que peut susciter le titre. Namir Abdel Messeeh se lance effectivement dans une enquête sur les différentes apparitions de la Vierge en Egypte, pays d’où sont originaires ses parents qui habitent en France depuis longtemps. Une visibilité aléatoire, à laquelle le cinéaste ne croit aucunement, mais qui est le prétexte d’un retour vers un pays que Namir Abdel Messeeh avait depuis longtemps mis de côté, ainsi que vers sa famille qui, comme la majorité des Coptes, vit pauvrement dans le nord du pays.
Les rapports conflictuels mais comiques avec son producteur – une occasion de dresser une critique drolatique de la difficulté à financer un film a priori étrange et dont le résultat est on ne peut plus risqué – ; la complicité avec sa mère, qui devient la productrice tendrement intransigeante de son film ; la découverte, dans le village de sa famille égyptienne, d’un mode d’existence à la merci du moindre accident, de la moindre maladie, mais qui repose sur la solidarité : voilà autant de fils qui se nouent dans la Vierge, les Coptes et moi, par le biais d’une mise en scène fantasque (rehaussée par une petite musique au poil de Vincent Segal) ne manquant pas d’heureuses idées (comme par exemple le plan où Namir Abdel Messeeh entraîne tout le village dans son footing).
Reste que cette question des apparitions (d’une Vierge ou autre) concerne le cinéma depuis ses origines. Ce que Namir Abdel Messeeh n’oublie pas. Il finit par abandonner son enquête pour se livrer à une reconstitution fictionnelle à la Méliès, dont les personnages, Vierge y compris, sont interprétés par les membres de sa famille. La Vierge, les Coptes et moi se transforme dès lors en création collective, où le cinéma offre des visions plus puissantes encore que tous les mirages prétendument réels. Namir Abdel Messeeh signe là un très joli premier film. Il a eu raison d’y croire !
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma