Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
RFI.
Un article de Sophie Torlotin.
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Sur les écrans français cette semaine, La Vierge, les coptes et moi... s’annonce comme le film inattendu, au croisement de différents genres et questionnements. Namir Abdel Messeeh, un réalisateur trentenaire franco-égyptien, décide de partir en Égypte tourner un documentaire sur les apparitions miraculeuses de la Vierge. Lui-même est sceptique, mais il sent là un bon sujet pour un film, dans un pays où le nombre de chrétiens, les Coptes, reste mystérieux (10% de la population). Mais le sujet est sensible, la matière peu probante, et Namir décide alors de retourner voir sa famille maternelle. Il en profite pour impliquer tout le village dans une rocambolesque mise en scène.
Documentaire, comédie, journal intime et même docu-fiction, La Vierge, les coptes et moi... est un peu tout cela à la fois. Et c’est sans doute ce qui fait sa force et son originalité.
Namir Abdel Messeeh se met en scène pour livrer un documentaire, non pas tant sur les apparitions de la Vierge en Égypte, mais sur un réalisateur athée retournant dans son pays d’origine pour mener une enquête sur ces apparitions. Un sujet finalement assez sensible, quand on remet en doute l’existence même de ces phénomènes de masse dans un pays où existent des tensions communautaires et religieuses.
Namir Abdel Messeeh fait ainsi remarquer que la mère de Jésus-Christ serait apparue, curieusement, à des moments clés de l’histoire récente égyptienne : en 1968, juste après la cinglante défaite militaire de la Guerre des six jours. L’apparition d’une figure sainte, aux yeux des chrétiens mais aussi des musulmans, aurait alors été utilisée par le pouvoir en place pour créer une unité nationale. Depuis, la Vierge serait apparue aux fidèles une cinquantaine de fois.
Le réalisateur se filme, cherchant désespérément des témoins de ces phénomènes. Puis, en manque de matière, retournant finalement dans le visage d’origine de sa mère, contre l’avis de son producteur. Lequel producteur refusant ce projet, Namir Abdel Messeeh demande de l’aide à sa mère qui, ancien chef comptable, décide de suppléer le producteur et de l’aider à mettre en scène cette reconstitution d’une apparition.
Du plomb en or
Le réalisateur se métamorphose alors en alchimiste, qui transforme chaque difficulté en atout supplémentaire pour son film. Et c’est aussi ce qui participe du ressort comique de La Vierge, les coptes et moi... La truculence de la mère du réalisateur, productrice improvisée et très efficace, y est pour beaucoup. Namir Abdel Messeeh applique en fait à merveille l’adage de Jean Cocteau : « puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur ».
Le paradoxe voulant que ce faisant, en organisant une illusion, ce film dans le film avec les villageois, il réalise en fait un documentaire au plus juste sur la vie de ces modestes paysans, et la réalité de leurs croyances.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma