Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Cinéma de Femmes.
Un article de Tara Holmey.
Comment parler de ce film sans le dévoiler. Qui se reconnaîtra dans l’état dans lequel Léa glisse inexorablement. Le film repose sur la métaphysique de l’intériorité. Un film violent par la force des sentiments, un conflit intérieur incarné magistralement par le jeu contenu d’Anne Azoulay et la direction d’acteur exemplaire de Bruno Rolland. Un film poignant. D’une agressivité latente qui ne se manifestera qu’une seule fois. Les passages avec sa grand-mère, la regretté Ginette Garcin, sont tout simplement bouleversants.
Léa il faut la regarder de l’intérieur. Et c’est ça que nous montre Bruno Rolland.
Prisonnière dans une vie qui ne lui convient pas et un travail laborieux qui ne lui rapporte rien. Elle est prête à tout pour s’en sortir et se donner les moyens d’étudier et de réussir. Oui mais à quel prix ? Le désaccord entre qui elle est, ce qu’elle veut, et ce quelle va être amenée à faire, va nourrir un mal-être déjà présent, et se muer en une rage et une violence de son état intérieur que l’on pourrait presque palper. Une contradiction qui la bouffe de l’intérieur.
L’image qu’elle a d’elle-même est rompue, remise en cause. Sans surcharger le film de dialogues explicitent inutiles et qui aurait annihilé l’intensité de l’extériorité de son état intérieur, Bruno Rolland nous livre un témoignage sur le combat d’une femme de toute beauté. Tout est là, palpable, criant de vérité, sans jamais écraser son personnage dans des manifestations d’anxiété ou d’angoisse avilissante.
Léa est trop intelligente pour qu’à terme cette image soit entachée par ces activités. Le but ici n’est pas de vous raconter le film. Léa est une dénonciation de la difficulté de vivre et de s’en sortir dans une société telle que la nôtre. La torture engendrée lorsque le désaccord entre les actes et le psyché fait dissonance.
De fait, l’argent est bien le critère déclencheur du basculement dans des solutions extrêmes, qui entaille le déficit de l’estime de soi. Mais cette rage pour s’en sortir est à l’épreuve de tout. Faisons confiance à Léa et à sa capacité de résilience. Nous vous dirons simplement que Léa est forte. Belle et libre.
La mise en scène de Bruno Rolland est sobre et maitrisée, le film est tenu par une main de maître et nous assistons là de toute évidence à la naissance d’un grand réalisateur. Un premier long métrage poignant, renversant si nous n’étions pas hypnotisés au fond de notre fauteuil.
Quand la fiction rejoint la réalité…..
Nous ne vous en dirons pas plus, Léa ne se raconte pas, il faut aller la voir, c’est tout.
Tara Holmey/Cinéma de Femmes
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma