Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Excessif.com.
Un article de La rédaction.
L’HISTOIRE : Mam Baldar (« Oncle volant »), exerce depuis bien longtemps le métier de postier dans différents villages de montagne au Kurdistan irakien. Mais il n’est pas un postier comme les autres puisqu’il transmet des sons et des paroles enregistrés sur des cassettes. Un jour, un commandant de la guérilla loin de sa maison lui demande d’enregistrer les premiers pleurs de son enfant qui va naître prochainement. En se rendant dans ce village, le postier découvre que tous les enfants ainsi que la femme du commandant ont été conduits dans une vallée éloignée afin d’assurer leur sécurité. Il se met donc en route pour les rejoindre...
Une profonde densité et une passionnante sophistication.
Après le Recensement, court-métrage qui le fit remarquer en festivals, Sharham Alidi découvre Cannes en étant retenu avec Whisper with the wind au sein de la Semaine Internationale de la Critique. Abordant le sort des Kurdes sous le joug de Saddam Hussein, ce dernier nous livre un film impressionnant qui réussit là où l’Aube du monde, le film d’Abbas Fahdel avait dernièrement failli.
Quand la poésie et l’absurde racontent l’horreur génocidaire
Financé par le gouvernement régional du Kurdistan, Whisper with the wind impressionne par son traitement et nous emporte par la poésie et l’inventivité avec laquelle il raconte le génocide qui frappa si durement les Kurdes d’Irak à la fin des années 1980. En effet, convoquant l’esprit de Kusturica pour ses envolées métaphysiques et ses drôles de machine, Sharham Alidi lorgne tout autant vers Kiarostami pour la sécheresse lyrique de ses plans et sa science des dispositifs. Le tout sans renier un certain tribut aux formes littéraires du pays. Mais pour autant, loin d’être un pur produit auteuriste, Whisper with the wind prend chair et s’emplit progressivement d’une douleur et d’une urgence que transcendent des séquences symbolistes, pouvant paraître soit incohérentes, soit trop expérimentales soit mal agencées si l’on n’y adhère pas. Ainsi, le cadre a beau être pour le cinéaste un terrain d’expérimentation assez poussé et les scènes d’ouverture curieusement agencées, il n’en reste pas moins que le métrage impacte et gagne en liant au fil de son avancée. Au point de toucher et de pouvoir revendiquer une profonde densité et une passionnante sophistication.
De fait, prenant une ampleur que peu lui auraient accordée dans sa première demi-heure, Whiper with the wind marquera indubitablement ceux qui dépasseront son image vidéo très diminuée et sa confuse introduction. En effet, porté par une mise en image très allégorique et une histoire des plus métaphoriques, ce premier long ne peut indifférer. En raison de son sujet, de ses ambitions et plus sûrement parce qu’il a su adapter malgré des approximations légitimes, son traitement et son peu de moyens à l’exigence du passé bouleversant qu’il nous conte.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma