Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Télérama.
Un article de Samuel Douhaire.
Lire la fiche du film : Mafrouza, le cycle.
La première visite à Mafrouza suit un archéologue qui topographie les tombes de la nécropole romaine sur laquelle les habitations se sont construites. Mais une fête de mariage vient nous plonger soudain dans le présent du quartier, sa joie tendue et sa vitalité. La découverte se poursuit par des rencontres avec plusieurs personnes dont on découvre les combats quotidiens. Abu Hosny écope sa maison inondée. Om Bassiouni cuit son pain sous la pluie de l’hiver. Les Chenabou demandent protection à saint Georges. Et Adel et Ghada racontent leur couple avec une étonnante liberté de parole sur l’amour. Cette première plongée dans la vie du quartier est aussi le temps de l’étonnement, qui laisse place à l’émotion des premiers échanges. Cinq films documentaires tournés pendant deux ans dans un bidonville (aujourd’hui rasé) d’Alexandrie, douze heures au total. Cette durée hors norme ne doit toutefois pas intimider : on ne s’ennuie jamais devant Mafrouza, tant la jeune réalisatrice a su donner à une dizaine d’habitants l’envergure de grands personnages de fiction. Comment ne pas craquer devant Hassan, la petite gouape à la tchatche d’enfer et au coeur meurtri ? Comment ne pas être conquis par cheikh Khattab, l’épicier-imam humaniste qui conçoit ses prêches comme une série télé ? Les gens de Mafrouza surmontent des conditions matérielles plus que précaires. Emmanuelle Demoris laisse éclater leur appétit de vivre lors d’un mariage aux chants grivois, de jeux tendres sur la plage ou de querelles conjugales dignes d’une comédie italienne. Ses films sont très ancrés dans la société égyptienne des années Moubarak (il y est notamment question de l’influence croissante des Frères musulmans), mais les sentiments qu’ils décrivent sont universels : la complexité des relations familiales, l’aspiration au bonheur, le droit à choisir sa vie. Chaque épisode peut se voir isolément, mais on suggère de découvrir Mafrouza dans l’ordre chronologique. Pour mieux apprécier le parcours et l’évolution des protagonistes, y compris dans leur rapport avec la caméra. Ou comment la méfiance initiale se transforme, avec des hauts et des bas, en une amitié complice puis en une vraie tristesse au moment des adieux...
TELERAMA - Samuel Douhaire
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma