Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Cahiers du cinéma.
Un article de Nicolas Azalbert.
Lire la fiche du film : Mafrouza, le cycle.
Détruit en 2007, juste après la fin du tournage du film d’Emmanuelle Demoris, le quartier de Mafrouza, à proximité du port d’Alexandrie, avait été construit par ses habitants sur les vestiges d’une nécropole gréco-romaine. On pourraitcroire que ce documentaire revient d’entre les morts, or il revient d’entre les vivants, tant le présent de cette communauté qu’il nous offre en partage éclate à chaque instant à l’écran. Les gestes, qu’ils soient quotidiens ou ancestraux, semblent relever de la première et de la dernière fois. Dans ses habitats de fortune creusés à même les tombes, et que la mort devrait envelopper, règne une formidable voloné de vivre. Les personnes n’ont pas peur d’y habiter comme elles n’ont pas peur de parler devant la caméra d’une réalisatrice française, à quelques exceptions près qui se méfient de la mauvaise image de l’Egypte que le film pourrait renvoyer. Mais les deux ans de tournage auront raison de ces réticences, et c’est l’une des beautés du film que de montrer l’évolution des relations qui se nouent entre les habitants du quartier et la réalisatrice, passant d’une méfiance justifiée à une complicité gagnée avec le temps. La durée du film elle-même (11h43), qui pourrait en rebuter certains, emporte immanquablement l’adhésion car elle seule peut faire naître cette complicité qui s’établit, cette fois, entre les personnes du film et le spectateur. Si chaque partie peut être vue séparément et de manière autonome, tout l’intérêt du film consiste évidemment à se laisser porter par cette fresque intime (où les portes des maisons s’ouvrent à nous) et collective (où, dans le labyrinthe des ruelles, se tissent des relations de bon voisinage et d’autres plus tendues). C’est aussi le retour des personnes d’une partie à l’autre et ce qui s’est joué entre ces parties - un divorce, une naissance, une balafre qui apparaît sur un visage - qui construit le fil fictionnel du film et donne au documentaire l’ampleur d’une véritable saga.
CAHIERS DU CINEMA - Nicolas Azalbert
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma