Noces Ephémères, le film de Reza Serkanian

Publié le 9 novembre 2011

Mondomix. Un article de Louise Vignaud.

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Tout commence dans une maison familiale de province où l’on s’apprête à célébrer deux évènements : la circoncision des deux plus jeunes garçons et les fiançailles de Kazem et de sa cousine Effat, deux jeunes adultes promis au mariage depuis l’enfance. C’est dans une ambiance intimiste de réjouissances que s’ouvre la première partie du film, bien que l’on puisse entrevoir, déjà, le carcan des traditions et le contrôle de la sexualité, résolument étouffante pour cette jeune génération dans laquelle l’on place tant d’espoir...

Kazem, le futur marié, est tiraillé entre la morale et ses désirs et tisse une relation ambiguë avec sa belle-sœur, Myriam. Veuve et mère célibataire, Myriam est, malgré l’aide apportée à sa belle famille, critiquée pour son indépendance, contraire à la morale établie. Mais la mort soudaine du patriarche (et mollah) pendant les réjouissances, fait basculer l’action dans la grande ville voisine, où le défunt désirait reposer. Le passage de la petite bourgade familiale à la grande ville pieuse va révéler et complexifier les rapports entre les personnages. On passe alors du cadre familial rassurant et protecteur à un cadre social plus large, anonyme, où le conservatisme et la contrainte brisent les aspirations individuelles.

Pour son premier long-métrage, Reza Serkanian, résident français, a choisi de parler de l’Iran, sa terre natale. Bien qu’il ait reçu l’autorisation pour tourner son film en Iran, le cinéaste a dû réaliser plusieurs versions de son scénario et modifier certaines scènes, afin de les rendre plus modérées aux yeux des autorités iraniennes : « Ce fut un exercice intellectuel totalement schizophrénique, épuisant  » raconte l’auteur.

L’interprète de Myriam, Mahnaz Mohammadi, est, elle aussi, cinéaste. Militante opposée au régime d’Ahmadinejad, elle lutte également pour l’amélioration de la condition des femmes en Iran. Interdite de sortie du territoire iranien pour la promotion du film à Cannes au printemps, elle a été incarcérée un mois en juin 2011 et son matériel a été confisqué.

Avec Noces Ephémères, Reza Serkanian n’a pas voulu faire de film subversif. Tout est implicite et plein de réserves. Le mariage à durée déterminée, sujet que l’on pense être le fil rouge du récit, n’est presque pas abordé. Si bien qu’on ne comprend pas ce choix de titre, sinon pour souligner un paradoxe de plus dans une société qui tente de trouver des raccourcis désuets pour contourner le poids des contraintes religieuses. Il n’en reste pas moins, qu’à demi-mot, et en s’appuyant sur une parfaite maîtrise de la caméra, le réalisateur parvient à dépeindre avec subtilité nombre de contradictions d’une société iranienne prise entre modernité et tradition. Un film déroutant et surprenant, qui consacre à nouveau la richesse et la puissance du cinéma iranien.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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