Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Toute la culture.
Un article de Olivia Leboyer.
Lire la fiche du film : Noces Ephémères (Ephemeral Weddings) .
Ne loupez surtout pas ce film singulier et extrêmement fin sur un Iran entre traditions et modernité !
Dans Une séparation, le film iranien à succès de cet été, un couple se déchirait selon une mécanique implacable, proche d’un thriller. Ici, dans Noces éphémères, c’est à quelque chose près beaucoup plus subtil, presque d’ineffable, que l’on assiste.
Dans une petite ville iranienne, se pratique une coutume étrange, quasiment incompréhensible pour nous : le mariage à durée déterminée (on sait, en signant les papiers, pour quel laps de temps on s’engage !). Le jeune et beau Kazem (Hossein Farzi Zadeh) est promis à sa cousine. Mais il se sent irrésistiblement attiré par sa belle-sœur (Mahnaz Mohammadi, superbe actrice, qui est elle-même cinéaste), la veuve de son frère, qui le trouve également très à son goût.
Ce que l’on voit, comment le comprendre exactement ? Est-ce de l’amour, une vieille coutume, un procédé quasi marchand, autre chose encore ? Reza Serkanian capte avec acuité des instants de la vie quotidienne, des regards, des préparatifs de telle ou telle cérémonie. Avec une belle fluidité, les scènes se déroulent, comme suspendues : des fiançailles prévues, un enterrement, une circoncision, un mariage, tous ces rites se succèdent naturellement, baignés dans une atmosphère chaleureuse et singulière.
La dureté de certains interdits coexiste avec des habitudes plus modernes. Drôle de société, où le machisme règne mais où les femmes possèdent tout de même du pouvoir et du caractère.
Un très beau film, sans cesse surprenant, qui restitue à merveille les complexités de la société iranienne.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma