Noces éphémères, une société au prisme du désir

Publié le 9 novembre 2011

L’Humanité. Un article de Dominique Widemann.

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Dans un village d’Iran comme décalqué des ocres d’une représentation persane, c’est jour de fête. Les deux fils d’Aziz (Javad Taheri) vont être circoncis. Ce dernier, en manière d’ouvreur de jeu, se déguise pour épouvanter les enfants. C’est ici, dans la maison de la famille Tabatabaj, entre cour et patio, salon et dépendances, que va se tenir toute une première partie du film du réalisateur franco-iranien Reza Serkanian. D’autres festivités sont prévues pour le lendemain, les fiançailles de Kazem (Hossein Farzi Zadeh), juste libéré de l’armée, avec une cousine choisie dans l’enfance. Deux rituels, deux passages où se conjuguent profane et sacré, l’inscription des individus dans une société et le contrôle que celle-ci exerce sur leur sexualité. La belle Maryam (Mahnaz Mohammadi), veuve du frère de Kazem, vient d’arriver de la ville avec une petite Sarah de sept ans. Le trouble qui va naître entre les deux jeunes gens ne frissonnera qu’au fil des rares propos échangés en demi-teinte, semblables au superbe nuancier de l’ensemble. Pas de plans larges mais autant de décors que de situations sensibles au sein de la vaste demeure de pierre. Un matriarcat garant des traditions s’exerce des pièces communes aux escaliers, labyrinthes dont les lés de lumière compliquent l’architecture. Sous la vigilance des aînés, toute une chorégraphie des rapprochements et évitements est mise en scène qui achoppe sur les interdits. Prenant soin de ménager la dignité de chacun, Reza Serkanian sonde les coeurs en profondeur. Il ménage à ses personnages de fragiles marges d’existence. Avec une grande subtilité qui s’adosse à une égale beauté plastique, le cinéaste parvient à universaliser ses émotions et déchirements sous le joug de contraintes que certains intègrent, que tous subissent. Avant que le décès du patriarche ne force la famille à accompagner sa dépouille vers le mausolée d’une ville non nommée, tous les rituels de vie et de mort, comme autant de cristallisations, auront été caressés à mille lieues des clichés du folklore. La ville se révélera un territoire autrement rude. Cité religieuse et hautement policée, ceux qui vont s’y rendre, dont singulièrement Kazem et Maryam, seront livrés à eux-mêmes. La palette est ici plus froide. L’oppression sème d’autres chicanes. Reza Serkanian en dresse un paysage peu amène. Il ne cesse de le subvertir à touches délicates. En même temps que se révèlent les personnalités de protagonistes parvenus au terme de leurs contradictions, il oblige d’une main légère le spectateur à dépasser les images toutes faites. Comme d’autres réalisateurs d’Iran éclairent la réalité des classes moyennes urbaines de leur pays, Reza Serkanian dévoile la complexité de gens modestes et provinciaux. Les frustrations de Kazem le taraudent au point qu’il envisage à son corps défendant l’un de ces « mariages temporaires » sans dot et sans durée. Maryam, qui a déjà entamé un chemin de liberté, doit-elle franchir les frontières de l’exil, trancher les liens du coeur quand la solitude des femmes est un péché ? Pas d’autres réponses que celles du cinéma.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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