Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Standard.
Lire la fiche du film : Putty Hill.
On oublie souvent Baltimore sur la carte du cinéma US. La ville fétiche de John Waters se trouve à 3 800 kilomètres de Portland (chère à Gus Van Sant) ainsi qu’à 2 000 km de Tulsa (hello Larry Clark). Le temps de Putty Hill, les voici rapprochés. Cory, jeune skater, meurt d’overdose. La veillée de deuil se passe dans le bar à karaoké du coin. Ses proches évoquent le disparu et finissent par parler d’eux, de leur quotidien working class, mise de côté par les dernières révolutions technologiques, mais croyant toujours au rêve américain. L’une des notions fondatrices des Etats-Unis est celle de la frontière, physique ou humaine. Putty Hill l’interroge à la limite du documentaire : tout ce qui est montré est joué, et tout ce qui est dit est probablement vrai ; fut demandé aux comédiens de parler d’un proche, et la plupart, vivants dans le coin, avaient vraiment des amis décédés d’une OD... Portefield et Mintzer ne s’en cachent pas : leur part d’artifice, ces angles de vue particulièrement sophistiqués, est omniprésente. Elle s’accommode particulièrement bien des semi-improvisations des comédiens, participant de la totale honnêteté intellectuelle du film, qui ne vise qu’à capter le coeur d’une banlieue déboussolée. La même que celle que filme Gus Van Sant depuis Elephant (2003) ou Larry Clark depuis Ken Park (2003). La crudité en moins.
Rien n’a de prise, sauf le cafard Putty Hill tient à sa limite : le quartier. Lorsque deux policiers sont filmés sur la piste d’un braqueur, la caméra les suit pendant leur ronde et les laisse repartir sans rien demander sur l’affaire. Dans ce coin, rien n’a de prise, sauf le cafard, qu’on trompe en faisant la planche dans une piscine ou en se faisant tatouer. La part d’élégie dépasse celle de Cory - la plupart des participants à la veillée ne le connaissait pas vraiment - pour devenir celle d’une communauté, dont les espoirs s’agglomèrent au gré de vignettes jamais mortifères. Dans l’une des dernières séquences, deux filles visitent la maison de Cory pour y trouver un souvenir de lui. Il n’y a plus rien. Putty Hill raconte précisément ça : comment une certaine Amérique s’évapore doucement, ne laissant que ses murs et des ombres.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma