Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
fluctuat.net.
Un article de Damien Leblanc.
Lire la fiche du film : Fleurs du Mal.
Le Festival de Cannes 2010 est terminé. Mais les nombreux films découverts sur la Croisette sont loin d’avoir dit leurs derniers mots, puisqu’il leur reste à rencontrer leur public.
Programmé par l’ACID, le joli Fleurs du mal a convaincu par son énergie. Pour son premier long-métrage, David Dusa filme l’histoire d’amour entre un jeune Parisien et une Iranienne en visite à Paris, qui suivent chacun de leur côté la révolte en Iran et sa médiatisation (notamment via YouTube). Ces nouveaux formats d’images viennent peu à peu contaminer le film parisien, avec rage mais harmonie. Original et stimulant, Fleurs du Mal nous a donné envie de rencontrer son réalisateur.
Parcours biographique
J’ai 31 ans et je suis né en Hongrie. A partir de l’âge de 9 ans, j’ai grandi entre la Suède et l’Afrique du Sud. J’ai découvert le cinéma d’art et essai en Suède, quand j’avais 14 ans : un ami m’a montré Eraserhead de David Lynch et ça m’a retourné la tête. Je n’ai d’ailleurs jamais revu le film depuis. Après ce moment fondateur, j’ai fait des études de cinéma à l’Université de Göteborg : c’était purement théorique, c’était de l’analyse, de l’histoire du cinéma, etc. Après ça, j’ai continué ma vie de bourlingueur en habitant à Londres ou en Norvège. Puis j’ai atterri à Paris pour apprendre le français et j’y suis resté. J’ai alors fait une école de cinéma privée, le CLCF. Ca m’a permis de faire mon premier court-métrage, qui a été sélectionné au Festival de Rotterdam. A partir de là, tout s’est enchaîné et mes courts suivants ont gagné des prix dans différents festivals.
La genèse de Fleurs du mal
J’avais écrit un premier long-métrage avant ça, mais la recherche de financements prenait beaucoup de temps. Je devenais impatient de tourner quelque chose, et les élections du 12 juin 2009 en Iran sont arrivées. Il y a eu de la fraude, puis de grandes manifestations, et c’est la jeunesse iranienne qui a assuré le travail de journalisme. J’ai vraiment été épaté par la façon dont ils ont utilisé les nouvelles technologies pour s’organiser et pour diffuser leurs images. Je me suis alors demandé comment intégrer ces images (parfois très violentes) à une fiction, et l’histoire d’amour s’est imposée d’elle-même, afin de contrebalancer la brutalité des images. Tout est allé très vite, j’ai commencé à écrire le scénario le 1er juillet 2009, il y a à peine 10 mois.
Le côté clippesque
Cet aspect énergique est lié au personnage de Gecko, qui est danseur et qui évolue dans ce monde-là, il s’agissait d’illustrer son for intérieur. Il y a trois couches différentes dans le film : les vidéos d’Iran, le mélodrame amoureux et la dimension clippée. L’émotion vient de la communication entre ces trois aspects. Le challenge le plus important consistait à trouver une cohérence entre ces styles, sans rupture. Le montage son a notamment été très travaillé, afin de créer une continuité émotionnelle entre les différentes parties du film.
La situation en Iran
L’Iran est un pays très jeune. Les enfants de la révolution islamique sont très branchés sur tout ce qui est nouvelles technologies, ils connaissent toutes les musiques que l’on écoute, ils regardent tous les films que l’on voit. Ils vivent à part entière dans un monde globalisé, et il y a nécessairement friction avec le régime obscurantiste. A long terme, c’est intenable. L’Iran est très différents des autres pays du Moyen-Orient : il y a plus de filles que de garçons à l’Université et le changement est inévitable, un compromis devra arriver tôt ou tard selon moi. En réalité, une révolution a déjà eu lieu, celle de l’information. C’est un changement qui ne pourra être visible qu’avec le recul, mais ils ont indiqué le chemin, en montrant comment utiliser des réseaux sociaux comme un outil de combat et d’organisation. Je pense que beaucoup de gouvernements, dans beaucoup de pays, commencent à flipper, car c’est un outil très puissant.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma