Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
fluctuat.net.
Un article de Damien Leblanc.
Lire la fiche du film : Noces Ephémères (Ephemeral Weddings) .
Dans le colossal embouteillage de sorties qu’a connu le mois de novembre 2011, Noces éphémères a bénéficié d’un écho médiatique limité. Ce film franco-iranien constitue pourtant une des plus belles oeuvres de l’automne : portrait d’une vaste famille qui se débat entre tradition et modernité, le premier long métrage de Reza Serkanian cultive un ton d’une rare liberté, où cohabitent tragédie, humour et interrogations sur la place du désir. La douceur de la mise en scène et la construction du récit en deux parties distinctes éclairent ainsi le parcours des trois personnages principaux et leur positionnement face au poids des interdits.
Le sujet de Noces éphémères entretient par ailleurs un troublant lien avec ses conditions de tournage. Les relations avec les autorités iraniennes furent en effet complexes et l’équipe de tournage dut jongler avec les diverses interdictions pour livrer une version finalement très différente de celle souhaitée par l’Iran.
Enfin sorti en France le 9 novembre, le film se fraie tranquillement son propre chemin, loin du bourdonnement d’un Intouchables. Avec plus de 12 000 entrées en 3 semaines, Noces éphémères a déjà trouvé son public. Le réalisateur Reza Serkanian évoque pour nous la réception du film.
- Après 5 ans de travail et une sorte de cache-cache avec les autorités iraniennes, Noces éphémères est maintenant sorti dans les salles françaises. Quels sentiments cela procure-t-il ?
Je suis ravi de l’accueil du public et je me dis que ça valait vraiment le coup d’aller au bout de cette longue aventure semée d’embûches, en effet. Au-delà du sujet, du voile ou du contexte politique et socio-culturel nécessaires au décor général, l’universalité du film est très largement reçue et cela procure des échanges riches et pleins d’émotions. Je suis par ailleurs honoré de voir que c’est un public humaniste et exigeant qui se déplace le plus souvent : le fait que ces spectateurs apprécient Noces éphémères est la plus belle des récompenses.
- Ce mois de novembre est le plus chargé de l’année au niveau des sorties. Face à la rude concurrence, une trentaine de cinémas projette tout de même Noces éphémères. Vous tenez-vous régulièrement informé du nombre d’entrées ?
Je me tiens bien sûr informé mais ce ne sont pas les chiffres que je regarde, je m’intéresse davantage à leur progression. Et je suis heureux de voir que Noces éphémères élargit son public. Je me comporte comme un père de famille. Mon film c’est mon enfant et, de fait, je suis son évolution, je l’accompagne et je le soutiens du mieux que je peux.
- Vous réalisez en effet une vaste tournée dans différentes villes françaises. Les questions du public sont-elles toujours les mêmes ou parvenez-vous à être surpris à chaque séance ?
Oui, je vis en ce moment dans les trains et dans les hôtels ! S’agissant des réactions, elles me touchent beaucoup parce qu’elles sont globalement très positives. Il y a à chaque fois un panel représentatif de la société qui arrive avec son lot d’enthousiasme, de chaleur, d’adhésion, de troubles, de peurs et de questionnements aussi. Je vois que ce film suscite la curiosité et ne laisse pas indifférent. Aujourd’hui on nous livre souvent du prêt-à-penser et quand on laisse du coup une vraie place au public et à sa réflexion, il se trouve déstabilisé voire désemparé au point de vouloir absolument s’entendre dire où se situe le réalisateur dans tout ce qui est raconté. Comme si l’universalité du film en dérangeait certains, comme si l’image véhiculée par les médias d’un Iran effrayant leur convenait, en quelque sorte. Résultat, il y a parfois une ou deux personnes qui essaient de gratter pour tenter de trouver le discours sous-jacent, le message subliminal. C’est la force des débats, on a le temps de développer pour aider les gens à sortir de leurs idées reçues, c’est formidable et c’est là que je vois qu’il est vraiment important d’accompagner un film. Tout le monde en sort enrichi. Et puis, il y a des surprises de temps en temps, des anecdotes croustillantes, comme ce jeune garçon venu avec sa maman qui me demandait combien avait coûté l’enterrement du grand-père.
- Pensez-vous que Noces éphémères trouvera ensuite sa place en DVD ou à la télévision ?
J’espère déjà qu’il continuera son chemin en salles avant de sortir en DVD ou ailleurs. C’est la tendance actuelle parce que le film bénéficie d’un bon bouche à oreille. C’est un projet qui s’inscrit dans la durée puisqu’il est né en 2007. Et puis l’avantage avec l’universalité c’est qu’il n’y a ni frontière ni espace-temps réducteur. Comme Noces éphémères pénètre le quotidien iranien, j’espère qu’il saura entrer dans le plus de foyers possibles et surtout qu’il continuera à « chambouler » son public, comme le disait une spectatrice.
- Pour finir, quel est votre prochain projet cinématographique ?
Je vais raconter l’histoire d’une famille quelque part en France dans le milieu rural avec toujours une humanité palpable en toile de fond. Il y a une variété de personnages dont les différents destins sont liés. Je suis actuellement en pleine écriture. J’espère terminer le scénario au printemps 2012.
« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »
Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma