Une superbe cinématographie argentique

Publié le 23 août 2012

Film Society Lincoln Center (NY). Un article de Robert Koehler.

Lire la fiche du film : El Puesto.

(...) Parmi tous les films en pellicule présentés cette année à Cannes, rien n’a surpassé El Puesto comme exemple d’une superbe cinématographie argentique, réalisée par le frère d’Aurélien, Colin.

(...) Le film reste attaché durant 75 minutes à Marin, un fougueux et robuste homme à tout faire de l’Estancia Rolito, une ferme de moutons et de chevaux balayée par les vents dans les plaines australes du sud de l’Argentine, au fin fond de la Patagonie. Marin a de nombreuses tâches, chacune d’entre-elles nécessitant des compétences particulières que la caméra détaille avec une vibrante intensité. Entre autres, Marin surveille et répare les clôtures de la propriété, réunit les troupeaux de moutons pour la tonte, il dresse des chevaux, et chasse même le castor dans un ruisseau à proximité.

Les frères Lévêque emploient une large gamme d’approches visuelles pour rendre compte du monde de Marin, utilisant de façon spectaculaire des objectifs variés et différents placements de caméra. Pour transmettre le sentiment de l’étendue considérable dans laquelle Marin travaille, la caméra est parfois située très loin de lui, et en quelques plans, Marin (vêtu de son habituel blouson rouge) devient un point rouge dans le paysage. Dans d’autres séquences, les cinéastes choisissent des plans très rapprochés afin de montrer le travail manuel, comme par exemple la corvée de déverrouillage de la trappe du castor ou l’utilisation d’huile de coude pour la réparation d’une clôture.

Et même si Marin siffle au sens propre pendant qu’il travaille, son apparent bonheur est parfois interrompu par les échanges qu’il a avec ses amis et collègues de la ferme lorsqu’ils viennent lui rendre visite dans sa cabane rustique. Il avoue, entre deux gorgées de maté, qu’il est difficile de vivre seul dans cet endroit, et on a le sentiment que chaque interaction humaine lui apporte beaucoup.

Le sentiment inattendu que l’on ressent après avoir vu El Puesto n’est pas tant la beauté cosmique de la solitude, mais l’importance des autres êtres humains.

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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