Voyages

Un film de Emmanuel Finkiel

France - 1998 - 115 min - Couleur - 35mm

Sortie : 22 septembre 1999

Sélections et prix :
Quinzaine des Réalisateurs - Cannes 1999, Prix de la Jeunesse Cannes 1999
Scénario : Emmanuel Finkiel
Image : Hans Meier et Jean-Claude Larrieu
Son : Pierre Gamet et François Waledisch
Montage : Emmanuelle Castro


Pologne, Paris, Tel Aviv : la quête de trois femmes aux destins entremêlés. RIWKA, 65 ans, une française installée depuis longtemps en Israël, se joint à un groupe pour un voyage de Varsovie à Auschwitz. Le car traverse la campagne enneigée et tombe en panne au milieu de nulle part. Dans le tumulte des conversations en Yiddish, l'angoisse pousse aux débordements. Riwka se dispute violemment avec son mari, jusqu'au bord de la rupture. REGINE, même âge, vit seule à Paris. L'arrivée d'un vieux lituanien qui se présente comme son père, pourtant officiellement disparu dans les camps, vient bousculer la monotonie d'une vie solitaire. Malgré l'intensité des retrouvailles, leur lien de parenté échappe très vite à la réalité. Régine finit par lui proposer de rester chez elle le temps de rechercher sa vraie fille. Peut-être en Israël... VERA, vieille Russe de 85 ans, seule au monde, vient d'immigrer en Israël, au bout de sa vie. A la recherche de sa cousine perdue de vue depuis de longues années, de bus en bus, d'une banlieue à l'autre, ou dans le chaos des boulevards de Tel Aviv, seule, étrangère à tout, elle rencontre Riwka qui l'invite chez elle. Plus tard dans la soirée, un appel de Paris pour Riwka. Quelqu'un qui porte le même nom de famille...


Le temps me manque et je commence ces quelques lignes avec l’impression que je n’arriverais pas à vous raconter à quel point Voyages est un grand film. D’abord c’est un film qui fabrique son chemin avec une sûreté de mise en scène et de pensée auquel le cinéma le plus souvent renonce.
Tout au long de ce film de fiction Emmanuel Finkiel porte le regard d’un petit fils sur ceux que l’Holocauste frappa de plein fouet, il a écrit et filmé des personnages interprétés par des acteurs magnifiques, proches dans tous les sens du terme, proches de la réalité, sans doute proches de lui et proches de nous grâce à la fiction, aux sentiments qu’ils nous font éprouver, découvrir ou retrouver.
À travers trois différentes histoires de fiction, trois histoires qui se tiennent sans pour autant n’en faire qu’une (car au fond la seule histoire qui est “ une ” d’emblée, c’est l’Histoire) il décrit les contradictions, les tourments, la ténacité et le doute, l’humour, les ruses impuissantes de ceux dont la vie, l’histoire a dû se construire à partir de l’expérience la plus destructrice de l’Histoire. Shoah a fait voir, a fait entendre la vérité de ce qui a été à travers des personnes et des lieux et Voyages avec le recul d’une génération, nous montre des personnages fictionnels aux prises avec cette vérité, des parents, des grands parents, des proches, tourmentés, torturés par ce scandale de l’Histoire qui toujours se retourne contre eux , jusqu’à l’ultime violence de la disparition : l’absence elle-même niée, le monde qui perdure et qui oublie. Les personnages de Voyages ressemblent par moments à des fantômes, ils regardent le monde du point de vue de l’Histoire, du seul point de vue possible mais l’ironie du mal c’est que l’Histoire que nous connaissons tous qui les a marqué au plus profond d’eux même, le présent aimerait en faire une fiction. Leur petite histoire rien qu’à eux. Tout ceci ne vous dit pas, la beauté du film, sa majesté silencieuse. Lorsque le car du voyage organisé de vieux juifs à travers la Pologne tombe en panne sur la route d’Auschwitz et que tous les passagers du car réalisent qu’ils sont cinquante ans plus tard encore une fois prisonniers de la Pologne, que les maisons alentours restent muettes, un autre car les croise, les passagers des cars se regardent à travers les vitres, leurs visages fantomatiques se reconnaissent. Ils attendront longtemps les secours et un jeune passager du car descend se dégourdir et pisser. Son urine chaude fait fondre la neige et découvre des barres noires de métal parallèles, des rails. Des rails qui ne servent plus mais qui sont encore là.

Claire SIMON, cinéaste

Les Films


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