Personnes et personnages : et si on plongeait les acteurs dans le réel ?

Plonger des acteurs professionnels dans la "vraie vie", et les faire rencontrer des personnes réelles. Fantasme de cinéaste ou prise de risque assumée : comment faire dialoguer fiction et documentaire dans un même film ?

Avec la projection de Il se passe quelque chose de Anne Alix


Une mise à distance du scénario


Dans le précédent film d'Anne Alix, Une île, moyen métrage produit par Bathysphère, la difficulté à financer le film à partir de son scénario original (Adam et Ève) l'oblige à faire un pas de côté. Elle s'éloigne du scénario pour re-questionner la profondeur de champ du milieu de l'ostréiculture, théâtre de son histoire.

A partir de cette contrainte, de cet « abandon » du scénario pour aller nourrir l'histoire avec le réel,  elle retrouve des éléments de son désir initial. D'une certaine façon, cette liberté retrouvée de s'émanciper de la narration pour ajuster la fiction et la dimension du réel va nourrir le film en cours et plus largement sa pratique de mise en scène.

Mais ce qui reste du scénario au delà des thématiques qu'il travaille, c'est bien la place du « personnage de fiction ». Il faut alors composer un modus operandi qui permet de faire se rencontrer l'histoire du personnage de fiction et le réel dans lequel la cinéaste l'inscrit.


La dimension documentaire dans la fiction


Pour Il se passe quelque chose, Anne Alix retrouve cette pratique et travaille davantage encore à la rencontre du réel avec l'histoire fictionnée qu'elle a imaginée.
La nécessité de faire cohabiter les personnages fictionnels et les personnages documentaires implique un double mouvement :
-  elle oblige les comédiens professionnels à trouver leur place dans une situation du « réel » où les autres ne jouent pas mais « sont » ; il faut que le comédien porte son personnage dans une situation qui n'est pas nécessairement scénarisée et dans la confrontation avec des gens qui ne jouent pas.
- elle déplace le réel à l'endroit de la fiction et en ça, le transcende.
Ce double mouvement pour la cinéaste permet de se dégager du naturalisme pour aller à l'endroit où réel et fiction dialoguent dans un enjeu de cinéma. Le réel n'est pas restitué pour ce qu'il est, mais pour la dimension dramaturgique qu'il porte. Les personnages documentaires ne sont pas les faire valoir des personnages de fictions, mais sont filmés pour ce qu'ils sont et ce qu'ils portent de l'histoire que nous raconte le film.


Une fabrication qui s'inscrit dans une histoire du cinéma


Pour Anne Alix, cette pratique de travailler la fiction à partir de cette friction avec le réel s'inscrit dans une histoire du cinéma. Pour préparer son film, elle voyage avec son équipe dans une cinématographie qui nourrit le travail.


Extraits utilisés

Stromboli de Roberto Rossellini, 1950

Une île de Anne Alix, 2011

Ce cher mois d'août de Miguel Gomes, 2008

Entretien avec Lola Dueñas pendant le tournage de Il se passe quelque chose de Anne Alix


Pour aller plus loin

Sinon oui de Claire Simon, 1997

Bled number one de Rabah Ameur Zaïmèche, 2006

Dernier maquis de Rabah Ameur Zaïmèche, 2008

Sans toit ni loi de Agnès Varda, 1985

La Commune (Paris, 1871), Peter Watkins

Documentaire et Fiction, Allers-retours de N.T. Binh et José Moure, ed. Les impressions nouvelles (caméra subjectives), 2015


Regardez l'entretien de l'actrice Lola Dueñas, à propos du travail des acteurs.


Intervenants

Publié le mercredi 12 juin 2019
Mis à jour le vendredi 14 juin 2019

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